Je copie in extenso ce dernier et superbe billet de Il Sorpasso. Rien à ajouter.
- Tout ça, tu ce que tu vois, que tu imagines, plutôt, derrière ces immondes façades hausmanniennes grises, ces dîners mondains, tout ça c’est rien. Le théâtre, la télé, le cinéma français, les artistes, l’art contemporain, les journalistes, la publicité, tout ça c”est mort. Partis, fantômes. Cadavres riants. Tout ça est mort. Dévasté. Cette ville est en ruine. Le véritable entertainment, il est à Hollywood. L’axe Holywwood-Washington-New York. Ici il n’y que des cadres. Managers, gestionnaires, amuseurs en costume. Yé-yé à cravates. Et ça parle d’exception culturelle. Et ça s’injecte de la subvention en intraveineuse. Les couillons payent. Triment comme des merdes pour financer ça. Don de sang ? Prélèvement obligatoire ! Collecte d’organe forcée. Ils te les bouffent leurs organes. Ils se font le foie des français à la poêle avec persil. Des putains de cannibales, vampires, zombies. Il faut leur faire péter le crâne. Balle entre les yeux. Y’a que ça qui marche. Sinon ils continuent à te mordre le mollet, la cuisse. Et la merde recommence. Ils te font passer tout ça pour une saignée. Tout ça c’est en trop qu’ils te disent. Vous n’en faites rien de toutes façons. Vas-y balance ton âme et tes viscères. Tes églises, ton histoire, ta terre, tes paysages. Ta bonne santé, ton cancer. Tes plaisirs, tes haines, tout ça hypothéqué. Reste rien. Plus rien que des modes d’emplois. Comment baiser. Comment parler. Comment bouffer. Comment rêver. Comment chier. Comment conduire. Comment te flinguer. Comment disparaitre. Comment rire. Et surtout ne pas rire. Tout ça en quatre par trois vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Remplir les attestations. Tu discutes plus qu’avec des bamboulas au téléphone à cinq mille kilomètres qui te foutent en attente. Ta colère, c’est ça, l’enfer : patienter avec une musique, une pub, en attendant, priant qu’on en finisse. Qu’on te dise vas-y, raccroche. On n’a pas de solutions. On en a jamais eu. Tu te feras jamais rembourser. Chaque seconde facturée. Et ouais. C’est comme ça. Toute ta vie tu la passes au téléphone en écoutant des jingles. Jamais tu parles. Jamais. Tu peux pas en placer une. Tu recommences ta phrase à chaque fois, c’est jamais le même au bout, c’est la leur truc. C’est jamais le même et c’est toujours le même. Il faut recommencer. Il faut que tu résumes toute la merde qui s’entasse en une phrase qui doit tenir sur un répondeur de trois secondes. Putain, tu les vois tous au téléphone dans la rue ? Mais tu te demandes à qui ils parlent. A qui ils parlent, putain ? Y’en a pas un qui te regarde. Y’en a pas un qui voit où il marche. Y’en a pas un qui s’arrête. Qui balance le machin. Qui l’envoie loin, qui le fracasse. Parce qu’il y a plus que ça. C’est leur pacemaker. Tu sais qu’il y a plein de problèmes avec les pacemakers, les vrais ? Problèmes de champs magnétiques, d’interférences. Pas étonnant. Concurrence directe. Pas d’autres assistance possible. Intolérable. C’est moi qui donne le la, la pulsation, la sonnerie. Garde à vous !Et après ils viennent te chier leur sermon sur la liberté. Mais mort de rire ! Au garde à vous les robots ! Moi j’ai mes mains dans les poches. Je déteste quand on me vois parler comme ça au téléphone. Je me trouve con. C’est quoi mon problème ? Je vais te le dire : j’ai trop de haine accumulée, j’en bégaye, je sais pas où commencer, ça arrive trop en continue. Ça s’arrête jamais. Ça s’entasse. Je peux pas faire une phrase sans tomber dans le pénal, l’appel au meurtre, à l’attentat, au viol, à la torture, au génocide. Je vois ce mec avec ses chaussures horribles dans la rame de métro, j’ai envie de pleurer, mais vraiment, c’est la goutte d’eau. Le trop-plein de laideur. Le détail fatal qui te liquéfie. Je passe pour un malade, hein ? Comment ils font, comment on peut survivre dans tant de laideur ? Tu as vu Bad Lieutenant ? Le chef d’œuvre catholique ? Putes, nones, métèques, camés, damnés, galeux, glaireuses ! Bordel New York des années quatre-vingt ça c’était du Babylone de chez Sodome et Gomorrhe, du vrai crade, du beau. Et la grâce possible à chaque seconde. Ici la seule rédemption qu’on t’offre c’est de pas être trop méchant ou trop con avec les seules personnes que tu connais. Les seules que tu aimes, quand tu leur fais pas trop de mal, ben t’es content. Quand t’arrives à passer cinq minutes avec un être humain inoffensif sans le blesser, c’est le bout du monde. Et c’est déjà loin. Je ne sais même pas ce que je devrais dire si je devais me confesser. Je ne sais même plus comment on prie.
16 décembre 2009
15 décembre 2009
Detroit
Rythmique et bassline aussi sèches et inhumaines que les machines qui remplacèrent les hommes. Minimales, insistantes, épuisantes, sans qu'on arrive jamais à en décrocher. Et cette voix, qui pendant le modeste défilé des images d'une Detroit en ruines, répète inlassablement, comme dans un rêve, comme pendant l'agonie, le nom de ce qui a été perdu, oublié et trahi, comme pour affirmer une dernière fois son existence, ou peut-être parvenir à s'en souvenir.
05 décembre 2009
28 novembre 2009
27 novembre 2009
Corpse in the Machine
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First Life
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Violence
Je suis allé courir hier soir, sur le chemin de halage, je pensais faire un petit tour, ne me sentant ni très en forme ni très motivé, et finalement, je suis allé jusqu'au supermarché Record ... étonné par ma propre endurance, et finalement amusé par l'idée de ce petit défi, qui ne fut pas très très dur à réaliser. Question de souffle et de rythme. Rien d'autre ne compte. Je m'aperçois que j'aime courir, activité qui vide la tête autant qu'elle endurcit le corps. Après avoir longé la Sarre à ma droite et des arrières d'entrepôts à ma gauche, seul dans l'obscurité avec mes poumons, sur quelques kilomètres, j'ai donc débouché sur le parking du Record. Les bagnoles faisaient leur rodéo habituel, me frôlaient, moi, complètement dépenaillé et en sueur, extatique après l'effort, souriant dans le vide, près à aborder n'importe qui pour lui proposer n'importe quoi, je regardais l'immense hangar abandonné à ma gauche, avec son grillage sublime, et j'imaginais les réunions d'angry young white men qu'on pourrait y organiser. Boire de la bière, faire du feu, se réapproprier les zones désertées de la suburbia comme nos ancêtres la forêt primitive. Il y avait une station de lavage de voitures à ma droite, plus illuminée qu'un monument aux morts, et un kebab à l'abandon, avec sa petite clôture en bois délimitant l'espace où les clients pouvaient s'assoir sur des tables en bois, complètement dévorées maintenant par la végétation. Voilà un QG idéal, me suis-je dit. Comme dans Second Life. Plus qu'à trouver des amis - IRL ou sur le net, c'est toujours le seul vrai problème, au fond ...
26 novembre 2009
Pourquoi les punks sont des cons
Libellés :
Adolescence,
Conditions de vie,
Musique
Je me permets de reprendre ici in extenso le post "Pourquoi je ne suis pas punk", du sympathique et néanmoins intraitable DJ Chictype, qui résume et formule mieux que moi tout ce que je pense des ratés à crêtes. Hop !
" Hier une fille m'a sorti le topo « untel est un punk », évoquant un gars au look BCBG mais au fond plein de fantaisie et de culot. Un type qu'à l'air sage mais qui ne l'est pas. Peut être quelqu'un de plus subvertif que la moyenne.
Prestige du punk. L'autre fois quelqu'un m'a reproché de ne pas être punk, rapport à une provocation à laquelle je refusais de me prêter, par timidité en partie, et parce que l'action en question me paraissait étrangère. J'ai répondu au tac au tac « Je n'ai jamais été punk, j'ai toujours préféré la New-Wave. »
La première fois que l'idée « punk » entre dans mon esprit, je crois que c'est en 1983, j'ai treize ans. Un gars de mon collège est l'égérie d'une bande de créteux plus âgés et il aime bien incruster sur les tables le signe de l'anarchie ou le slogan « punk is not dead ». J'y comprend rien et je crois que lui non plus. Les punks sont des crasseux, et même si à cette époque je commence à fumer, à me cuiter un peu et à sniffer des trucs (colle à rustine et white spirit ), je reste étranger leur pensée et de leur sens esthétique, moins à leur comportement. J'étais qu'un sale gosse.
Quand je me mis à m'intéresser à la musique, je passais à côté de la vague punk et néo-punk. Le frère d'un ami, plus âgé que nous, un ado à problème, prenait son plaisir avec les Beruriers Noirs. Je me souviens que ça ne m'évoquait rien. Aujourd'hui je sais que c'était de la musique de crétin, à l'époque je savais qu'un jour je comprendrai.
A quinze ans j'avais reçu mon lot de claque musicale. Mes parents m'avaient transmis Pink Floyd et Simon and Granfunkel, le Hit-Parade de RTL passait du OMD, Soft-Cell et Kim Wilde. Le son électronique activait des ondes cérébrales jusqu'alors inconnues. Ces sensations nouvelles s'emplifières avec les Hits « Whot! » de Captain Sensible, Le Grand Master Flash, la musique de Midnight Express, le hit de Chagrin d'Amour, Depeche Mode, les Stranglers, etc. J'assistais, en première ligne, à la naissance de nouvelles musiques populaires qui n'était ni de la variété, ni du folklore, ni du jazz-blues-rock. C'était totalement nouveau et pas du tout underground. Ça annonçait le hip-hop et l'electro-techno.
La seconde partie des années 80 est marquée par une dégradation de ce qui nourrissait mes espoirs. La new-wave se ridiculise (l'apothéose fût certainement la chanson « Partenaire Particulier »), une des branches electro emprunte la voie d'une disco mercantile (la « Dance italienne »), le hip-hop sombre aussi avec Sydney et Benny-B. Le son techno de Detroit, de Londre, de Berlin et de Bruxelles est trop loin. C'est à posteriori, vers 90, que je découvre ce son que j'aurais pu aimer, mais qui était trop underground pour en avoir accès.
Dans cette seconde partie des années 80, je ne trouvais plus rien de bon dans la musique populaire. Je n'aimais ni le ska, ni le punk-rock, ni les « musiques du monde », ni ce qui passait au Top-50, ni le rockabilly, ni le rock-FM américain, ni le funk à la Mickael Jackson. En fouillant dans mon esprit pour trouver le son des années 85-90 que je pouvais écouter avec excitation, il y avait Ginsbourg dans sa période « Love on the beat », le « No Comprendo » Rita Mitsouko, les deux premiers Gun'nRoses, « I want your sex » de Georges Mickael, quelques morceaux de Francky Goes to Hollywood, Purple Rain de Prince. C'était insuffisant. Je retournais à mes classique, et sans doute influencé par les gens que je pouvais alors fréquenter, j'entrais dans une période revival, qui, avec le recul, était un peu une pose esthétique de jeunesse. Se farcir les Doors, Hendrix, Janis Joplin, ou pire, retourner aux origines avec BB King et Sonny Rollins. Ecouter même du Stevy Ray Vaughan, du Eric Clapton et du Johnny Winter, sous prétexte qu'ils avaient une réputation de guitare héros. Et un peu de Hard. Revival qui durera jusqu'à mes premières raves.
Et pendant ce temps là, l'école Punk continuait son petit bonhomme de chemin sans moi. Les negresses verte, la mano negra, metal urbain, etc. C'était pour moi du rock bas de gamme. Une musique d'excités incultes et antipathiques. Un encouragement aux bas sentiments et à l'auto-destruction. Un message politique facile, moralisateur et hors contexte. Un univers esthétique pauvre, qui au delà du son, se vérifiait dans le look, dans le parler, jusque sur les Flyers punks. Indigne d'intérêt.
C'est l'année du bac que j'ai fait l'effort de réfléchir sur les deux groupes classiques du punk, les Clash et les Sex Pistol. Un ami avait leurs albums phares (London Calling et Never mind the bollocks) alors je les ai passé et je les ai écouté attentivement. C'était à mon sens du rock basic, moins élaboré que le hard, moins vif que le rockabilly, plus antipathique que le son des années 70 habituel, moins dansant, moins pro, avec un humour mauvais et pas sexy du tout. En gros, c'était du petit rock, je restais sur cette idée là. J'ai encore du mal à comprendre comment ces petits disques peuvent placé en tête de la hiérarchie des albums de « la discothèques idéales », au côté des albums-concept des Beatle, les Beach Boys ou des Pink-Floyds.
Quand je me suis intéressée au marketing, c'est là où m'est venu l'idée suivante : Le punk, c'est une opération visant à faire du neuf avec du vieux. Mettre une nouvelle étiquette sur le produit, vendre du rock de base en disant que c'est nouveau. Des millions de blaireaux se sont fait avoir.
La pensée punk apparaît comme pauvre. Le nihilisme adolescent pour une part, le gauchisme adolescent de l'autre, le tout lié par une sorte de haine de l'occident tout aussi puérile. A la même époque, le mouvement new-wave s'intéressait au Bahaus, à K.Dick, à Orwell, au technologies de l'information, aux fractals, au réseau neuronaux, au romantisme, au dandysme, etc. Les premiers rapeurs se référaient aux droits civiques, aux systèmes tribaux, au mélange rock/world, aux origines du blues, aux émeutes ethniques, etc. Les punks en étaient alors rendu à une lutte de retard (la lutte anti-fasciste), à la glorification d'une certaine jeunesse dépressive, à l'anti-Tatchere, à la lutte des classes. Un mouvement qui a oublié de penser aux thèmes d'avant garde de l'époque que pouvaient être la conception d'une Europe politique, l'effondrement du monde communiste, la mondialisation telle qu'on la connaît aujourd'hui, les technologies de l'information, les modifications de style de vie liées à tout ça. Les grandes aventures de cette génération pourtant.
Peut être que l' impression de mesquinerie que j'ai souvent ressenti dans « le milieu plus ou moins punk » vient de là. Irrespectueux avec leurs ainés et les « système établi », le punk n'a pas non plus su proposer un avenir. Le mouvement punk n'a pas été le « passeur » qui transmet certains élément du passé, ni celui qui indique une voie pour le future. Ils n'ont fait que se lamenter du moment présent.
L' héritage punk se vérifie par son « bilan », qui constitue un ensemble d' indices de mon point de vu accablants. Niveau idées politique, tout ce qui reste aujourd'hui du punk est la fameuse « lutte antifasciste » qui a débouché sur l' altermondialisme. Un néo-gauchisme plus concerné par la question sexuelle, le métissage, le pacifisme et le droit des jeunes, que par la condition ouvrière. On aime ou on aime pas. J'aime pas.
Du point de vu esthétique, la mouvance punk peut s'inscrire dans la world musique. On se souvient en particulier des reprises reggae par ces groupes blancs. S'il existe aujourd'hui des Manu Chao et si on a eu à se farcir du Negresse Verte et du Mano Negra, c'est grâce à l'école Punk. On aime ou on aime pas. J'aime pas.
Du point de vu des comportement, la mouvance punk a accompagné la dégradation des styles de vie caractérisé par l'absence de courtoisie, de respect pour les ainé, les « incivilité », les dégradations urbaines, l'arrogance, le cynisme, la vulgarité, toutes ces choses qu'on peut symboliser par un doigt majeur dressé en fuck-you. On aime ou on aime pas. J'aime pas.
Ce fuck-you qui, dépassant le stade urbain et celui de la jeunesse, a contaminé d'autres compartiments de la société, comme celui de l'entreprise. L'influence punk se ressent chez le trader fou, chez le DRH qui dégraisse, chez le commercial agressif, chez le harceleur moral, dans les campagnes de publicité les plus provocantes. Voilà qui est punk.
Il y quelque chose de punk dans le monde d'aujourd'hui et le punk n'a pas été une mise en garde, mais au contraire, ça a été une école préparatoire. Le punk a donné une légitimité à la violence sociale. Ca pouvait alors être cool d'être d'un cynisme absolu. Faire « un coup de pute » pouvait être valorisant. « Faire chier son monde » était une marque de personnalité. Détériorer pouvait être une démarche créative. « Tout les moyens sont bons » une marque de liberté.
Ce sont ces éléments de pensées qui ont été la véritable innovation du punk.
Cet apport du punk qui s'est propagé aux autres mouvements culturel, contaminant certaines branches du hip-hop ou de la techno en particulier via la tendance hard-core, et diffusant cet espèce de cynisme dans le milieu hype (style : « je sniff de la coke, je bois du champagne, je crache sur la société et je suis blindé de thune »).
Au final, le punk ne libère pas mais soumet. Si le système est devenu punk, par contre, l'individu, sauf exception, subit. A qui profite la punk attitude ? Qui jouit de la légitimité du fuck-you ? N'est il pas agréable d'être aristocrate et punk ? N'est il pas utile d'être chef d'entreprise et punk ? Et financier-punk ? Et chef d'état-punk ? Je vous fait un dessin ? Allons...
Tentez seulement de visualiser ce qu'est un pauvre-punk ou même un homme de la classe moyenne punk. Un Fake ? Un taulard ? Un exclus ? Un persécuté par le fisc ? Un camé ? Un délinquant ? Un clandestin ? What else ? Nécessairement un type malheureux.
Voilà pourquoi je ne suis pas punk. "
http://chictype.hautetfort.com/
" Hier une fille m'a sorti le topo « untel est un punk », évoquant un gars au look BCBG mais au fond plein de fantaisie et de culot. Un type qu'à l'air sage mais qui ne l'est pas. Peut être quelqu'un de plus subvertif que la moyenne.
Prestige du punk. L'autre fois quelqu'un m'a reproché de ne pas être punk, rapport à une provocation à laquelle je refusais de me prêter, par timidité en partie, et parce que l'action en question me paraissait étrangère. J'ai répondu au tac au tac « Je n'ai jamais été punk, j'ai toujours préféré la New-Wave. »
La première fois que l'idée « punk » entre dans mon esprit, je crois que c'est en 1983, j'ai treize ans. Un gars de mon collège est l'égérie d'une bande de créteux plus âgés et il aime bien incruster sur les tables le signe de l'anarchie ou le slogan « punk is not dead ». J'y comprend rien et je crois que lui non plus. Les punks sont des crasseux, et même si à cette époque je commence à fumer, à me cuiter un peu et à sniffer des trucs (colle à rustine et white spirit ), je reste étranger leur pensée et de leur sens esthétique, moins à leur comportement. J'étais qu'un sale gosse.
Quand je me mis à m'intéresser à la musique, je passais à côté de la vague punk et néo-punk. Le frère d'un ami, plus âgé que nous, un ado à problème, prenait son plaisir avec les Beruriers Noirs. Je me souviens que ça ne m'évoquait rien. Aujourd'hui je sais que c'était de la musique de crétin, à l'époque je savais qu'un jour je comprendrai.
A quinze ans j'avais reçu mon lot de claque musicale. Mes parents m'avaient transmis Pink Floyd et Simon and Granfunkel, le Hit-Parade de RTL passait du OMD, Soft-Cell et Kim Wilde. Le son électronique activait des ondes cérébrales jusqu'alors inconnues. Ces sensations nouvelles s'emplifières avec les Hits « Whot! » de Captain Sensible, Le Grand Master Flash, la musique de Midnight Express, le hit de Chagrin d'Amour, Depeche Mode, les Stranglers, etc. J'assistais, en première ligne, à la naissance de nouvelles musiques populaires qui n'était ni de la variété, ni du folklore, ni du jazz-blues-rock. C'était totalement nouveau et pas du tout underground. Ça annonçait le hip-hop et l'electro-techno.
La seconde partie des années 80 est marquée par une dégradation de ce qui nourrissait mes espoirs. La new-wave se ridiculise (l'apothéose fût certainement la chanson « Partenaire Particulier »), une des branches electro emprunte la voie d'une disco mercantile (la « Dance italienne »), le hip-hop sombre aussi avec Sydney et Benny-B. Le son techno de Detroit, de Londre, de Berlin et de Bruxelles est trop loin. C'est à posteriori, vers 90, que je découvre ce son que j'aurais pu aimer, mais qui était trop underground pour en avoir accès.
Dans cette seconde partie des années 80, je ne trouvais plus rien de bon dans la musique populaire. Je n'aimais ni le ska, ni le punk-rock, ni les « musiques du monde », ni ce qui passait au Top-50, ni le rockabilly, ni le rock-FM américain, ni le funk à la Mickael Jackson. En fouillant dans mon esprit pour trouver le son des années 85-90 que je pouvais écouter avec excitation, il y avait Ginsbourg dans sa période « Love on the beat », le « No Comprendo » Rita Mitsouko, les deux premiers Gun'nRoses, « I want your sex » de Georges Mickael, quelques morceaux de Francky Goes to Hollywood, Purple Rain de Prince. C'était insuffisant. Je retournais à mes classique, et sans doute influencé par les gens que je pouvais alors fréquenter, j'entrais dans une période revival, qui, avec le recul, était un peu une pose esthétique de jeunesse. Se farcir les Doors, Hendrix, Janis Joplin, ou pire, retourner aux origines avec BB King et Sonny Rollins. Ecouter même du Stevy Ray Vaughan, du Eric Clapton et du Johnny Winter, sous prétexte qu'ils avaient une réputation de guitare héros. Et un peu de Hard. Revival qui durera jusqu'à mes premières raves.
Et pendant ce temps là, l'école Punk continuait son petit bonhomme de chemin sans moi. Les negresses verte, la mano negra, metal urbain, etc. C'était pour moi du rock bas de gamme. Une musique d'excités incultes et antipathiques. Un encouragement aux bas sentiments et à l'auto-destruction. Un message politique facile, moralisateur et hors contexte. Un univers esthétique pauvre, qui au delà du son, se vérifiait dans le look, dans le parler, jusque sur les Flyers punks. Indigne d'intérêt.
C'est l'année du bac que j'ai fait l'effort de réfléchir sur les deux groupes classiques du punk, les Clash et les Sex Pistol. Un ami avait leurs albums phares (London Calling et Never mind the bollocks) alors je les ai passé et je les ai écouté attentivement. C'était à mon sens du rock basic, moins élaboré que le hard, moins vif que le rockabilly, plus antipathique que le son des années 70 habituel, moins dansant, moins pro, avec un humour mauvais et pas sexy du tout. En gros, c'était du petit rock, je restais sur cette idée là. J'ai encore du mal à comprendre comment ces petits disques peuvent placé en tête de la hiérarchie des albums de « la discothèques idéales », au côté des albums-concept des Beatle, les Beach Boys ou des Pink-Floyds.
Quand je me suis intéressée au marketing, c'est là où m'est venu l'idée suivante : Le punk, c'est une opération visant à faire du neuf avec du vieux. Mettre une nouvelle étiquette sur le produit, vendre du rock de base en disant que c'est nouveau. Des millions de blaireaux se sont fait avoir.
La pensée punk apparaît comme pauvre. Le nihilisme adolescent pour une part, le gauchisme adolescent de l'autre, le tout lié par une sorte de haine de l'occident tout aussi puérile. A la même époque, le mouvement new-wave s'intéressait au Bahaus, à K.Dick, à Orwell, au technologies de l'information, aux fractals, au réseau neuronaux, au romantisme, au dandysme, etc. Les premiers rapeurs se référaient aux droits civiques, aux systèmes tribaux, au mélange rock/world, aux origines du blues, aux émeutes ethniques, etc. Les punks en étaient alors rendu à une lutte de retard (la lutte anti-fasciste), à la glorification d'une certaine jeunesse dépressive, à l'anti-Tatchere, à la lutte des classes. Un mouvement qui a oublié de penser aux thèmes d'avant garde de l'époque que pouvaient être la conception d'une Europe politique, l'effondrement du monde communiste, la mondialisation telle qu'on la connaît aujourd'hui, les technologies de l'information, les modifications de style de vie liées à tout ça. Les grandes aventures de cette génération pourtant.
Peut être que l' impression de mesquinerie que j'ai souvent ressenti dans « le milieu plus ou moins punk » vient de là. Irrespectueux avec leurs ainés et les « système établi », le punk n'a pas non plus su proposer un avenir. Le mouvement punk n'a pas été le « passeur » qui transmet certains élément du passé, ni celui qui indique une voie pour le future. Ils n'ont fait que se lamenter du moment présent.
L' héritage punk se vérifie par son « bilan », qui constitue un ensemble d' indices de mon point de vu accablants. Niveau idées politique, tout ce qui reste aujourd'hui du punk est la fameuse « lutte antifasciste » qui a débouché sur l' altermondialisme. Un néo-gauchisme plus concerné par la question sexuelle, le métissage, le pacifisme et le droit des jeunes, que par la condition ouvrière. On aime ou on aime pas. J'aime pas.
Du point de vu esthétique, la mouvance punk peut s'inscrire dans la world musique. On se souvient en particulier des reprises reggae par ces groupes blancs. S'il existe aujourd'hui des Manu Chao et si on a eu à se farcir du Negresse Verte et du Mano Negra, c'est grâce à l'école Punk. On aime ou on aime pas. J'aime pas.
Du point de vu des comportement, la mouvance punk a accompagné la dégradation des styles de vie caractérisé par l'absence de courtoisie, de respect pour les ainé, les « incivilité », les dégradations urbaines, l'arrogance, le cynisme, la vulgarité, toutes ces choses qu'on peut symboliser par un doigt majeur dressé en fuck-you. On aime ou on aime pas. J'aime pas.
Ce fuck-you qui, dépassant le stade urbain et celui de la jeunesse, a contaminé d'autres compartiments de la société, comme celui de l'entreprise. L'influence punk se ressent chez le trader fou, chez le DRH qui dégraisse, chez le commercial agressif, chez le harceleur moral, dans les campagnes de publicité les plus provocantes. Voilà qui est punk.
Il y quelque chose de punk dans le monde d'aujourd'hui et le punk n'a pas été une mise en garde, mais au contraire, ça a été une école préparatoire. Le punk a donné une légitimité à la violence sociale. Ca pouvait alors être cool d'être d'un cynisme absolu. Faire « un coup de pute » pouvait être valorisant. « Faire chier son monde » était une marque de personnalité. Détériorer pouvait être une démarche créative. « Tout les moyens sont bons » une marque de liberté.
Ce sont ces éléments de pensées qui ont été la véritable innovation du punk.
Cet apport du punk qui s'est propagé aux autres mouvements culturel, contaminant certaines branches du hip-hop ou de la techno en particulier via la tendance hard-core, et diffusant cet espèce de cynisme dans le milieu hype (style : « je sniff de la coke, je bois du champagne, je crache sur la société et je suis blindé de thune »).
Au final, le punk ne libère pas mais soumet. Si le système est devenu punk, par contre, l'individu, sauf exception, subit. A qui profite la punk attitude ? Qui jouit de la légitimité du fuck-you ? N'est il pas agréable d'être aristocrate et punk ? N'est il pas utile d'être chef d'entreprise et punk ? Et financier-punk ? Et chef d'état-punk ? Je vous fait un dessin ? Allons...
Tentez seulement de visualiser ce qu'est un pauvre-punk ou même un homme de la classe moyenne punk. Un Fake ? Un taulard ? Un exclus ? Un persécuté par le fisc ? Un camé ? Un délinquant ? Un clandestin ? What else ? Nécessairement un type malheureux.
Voilà pourquoi je ne suis pas punk. "
http://chictype.hautetfort.com/
20 novembre 2009
Microrécits
Libellés :
Ecriture
Un homme sort de sa maison par une nuit de tempête, après avoir entendu des cris répétés dans la nuit. Il suit les cris qui semblent toujours aussi éloignés au fur et à mesure qu’il avance. Que finit-il par trouver ? Lui-même, nu et recroquevillé, terrifié. La maison n’est qu’une ruine inhabitée.
*
Un homme découvre un carnet vierge qui immédiatement exerce une attraction sur lui ; la couleur des pages, la rigidité de la couverture noire et rugueuse, l'espacement des lignes... Des échos de son adolescence passée à noircir des cahiers et des vieux rouleaux à machine à écrire trouvés dans la maison familiale lui reviennent, et avec eux, le regret de mille vies qu'il aurait pu vivre, comme tout un chacun, et que, comme tout un chacun par chacun de ses choix, il n'a pas vécues. Le carnet lui sert alors à noter des souvenirs de ce qui aurait pu être, des mémoires fictives qu'il accompagne d'un inventaire de photos imaginaires ; photos qu'il ne tarde pas à trouver, bien réelles, dans un tiroir, sans comprendre s'il c'est un sortilège ou s'il n'avait fait que retrouver inconsciemment, par l'écriture, des clichés oubliés de sa vie. Au fur et à mesure que le carnet se noircit, de plus en plus de changements affectent la vie de l'homme, selon ce qu'il s'invente comme existence passée ; mais d'une manière déplaisante. L'évolution de la réalité lui échappe, et il lui est impossible de revenir en arrière, d'écrire sa vie réelle ; elle n'avait jamais été qu'une fiction parmi d'autres.
*
Un homme s'inscrit sans savoir pourquoi sur un site de rencontres, sous une identité fictive - celle d'une femme qu'il a connue et aimée des années auparavant, et qui a disparu. Il utilise les rares photos qu'il possède d'elle, et qui longtemps l'ont obsédé, pour séduire. Le succès que son avatar obtient l'amuse et fait naître en lui des désirs et des scénarios insoupçonnés ; mais rien ne se passe comme prévu. Il réalise que cette femme lui manque, alors qu'il n'avait pas pensé à elle depuis longtemps, et que de parler ainsi en son nom est pour lui un moyen de ne pas la laisser s'effacer complètement ; qu'il est rapidement incapable de se tenir au rôle "d'allumeuse" qu'il s'était fixé, et que le petit roman qu'il sert à chaque homme qui l'aborde - celui d'une fille très tôt abandonnée à la solitude et à la survie, incapable d'amour et proie consentante et masochiste du désir des hommes - prend une tournure de ressassement compulsif, obsessionnel. Il comprend confusément au fil des rencontres que par ce discours sans cesse recommencé, et affiné, quelque chose se joue qui concerne sa propre vie. Mais une fois le discours tenu, impossible d'aller plus loin ; les hommes veulent "la" rencontrer, lui parler au téléphone. Aucune conclusion n'est possible, aucun aveu, aucun rachat.
*
Une nouvelle machine permet d'enregistrer des sons provenant de dimensions parallèles. D'intenses débats naissent sur la fiabilité de ces enregistrements, et sur la nature ce que l'on y entend. Echappant à la confidentialité, les bandes sont utilisées par des artistes du monde entier qui les revendiquent, parfois même en les présentant telles quelles, comme des oeuvres. Mais il est impossible de déterminer si les sons captés ne sont pas eux-mêmes des oeuvres d'art dans les dimensions parallèles que la machine atteint. La propriété intellectuelle est-elle violée ? Quid du droit à l'image sonore ? La question se pose d'autant plus le jour où sont captées des scènes de rues Berlinoises, des chants agricoles savoyards et un discours politique iranien. D'aucun prétendent qu'il s'agit d'oeuvres sonores réalisées par des habitants des autres mondes, disposant des mêmes technologies que les humains. Des soupçons, attisés par la situation politique tendue, naissent à l'encontre de certaines personnes publiques, de certaines entreprises, de groupes religieux, accusés d'être en représentation permanente dans l'espoir propandiste d'être captés par les habitants des autres dimensions. Le mot espionnage est lâché. Partout dans le monde, des citoyens font voeu de silence. D'autres s'enferment pour ne plus faire qu'écouter les signaux reçus. La confusion et la paranoïa rêgnent.
*
Un homme découvre un carnet vierge qui immédiatement exerce une attraction sur lui ; la couleur des pages, la rigidité de la couverture noire et rugueuse, l'espacement des lignes... Des échos de son adolescence passée à noircir des cahiers et des vieux rouleaux à machine à écrire trouvés dans la maison familiale lui reviennent, et avec eux, le regret de mille vies qu'il aurait pu vivre, comme tout un chacun, et que, comme tout un chacun par chacun de ses choix, il n'a pas vécues. Le carnet lui sert alors à noter des souvenirs de ce qui aurait pu être, des mémoires fictives qu'il accompagne d'un inventaire de photos imaginaires ; photos qu'il ne tarde pas à trouver, bien réelles, dans un tiroir, sans comprendre s'il c'est un sortilège ou s'il n'avait fait que retrouver inconsciemment, par l'écriture, des clichés oubliés de sa vie. Au fur et à mesure que le carnet se noircit, de plus en plus de changements affectent la vie de l'homme, selon ce qu'il s'invente comme existence passée ; mais d'une manière déplaisante. L'évolution de la réalité lui échappe, et il lui est impossible de revenir en arrière, d'écrire sa vie réelle ; elle n'avait jamais été qu'une fiction parmi d'autres.
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Un homme s'inscrit sans savoir pourquoi sur un site de rencontres, sous une identité fictive - celle d'une femme qu'il a connue et aimée des années auparavant, et qui a disparu. Il utilise les rares photos qu'il possède d'elle, et qui longtemps l'ont obsédé, pour séduire. Le succès que son avatar obtient l'amuse et fait naître en lui des désirs et des scénarios insoupçonnés ; mais rien ne se passe comme prévu. Il réalise que cette femme lui manque, alors qu'il n'avait pas pensé à elle depuis longtemps, et que de parler ainsi en son nom est pour lui un moyen de ne pas la laisser s'effacer complètement ; qu'il est rapidement incapable de se tenir au rôle "d'allumeuse" qu'il s'était fixé, et que le petit roman qu'il sert à chaque homme qui l'aborde - celui d'une fille très tôt abandonnée à la solitude et à la survie, incapable d'amour et proie consentante et masochiste du désir des hommes - prend une tournure de ressassement compulsif, obsessionnel. Il comprend confusément au fil des rencontres que par ce discours sans cesse recommencé, et affiné, quelque chose se joue qui concerne sa propre vie. Mais une fois le discours tenu, impossible d'aller plus loin ; les hommes veulent "la" rencontrer, lui parler au téléphone. Aucune conclusion n'est possible, aucun aveu, aucun rachat.
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Une nouvelle machine permet d'enregistrer des sons provenant de dimensions parallèles. D'intenses débats naissent sur la fiabilité de ces enregistrements, et sur la nature ce que l'on y entend. Echappant à la confidentialité, les bandes sont utilisées par des artistes du monde entier qui les revendiquent, parfois même en les présentant telles quelles, comme des oeuvres. Mais il est impossible de déterminer si les sons captés ne sont pas eux-mêmes des oeuvres d'art dans les dimensions parallèles que la machine atteint. La propriété intellectuelle est-elle violée ? Quid du droit à l'image sonore ? La question se pose d'autant plus le jour où sont captées des scènes de rues Berlinoises, des chants agricoles savoyards et un discours politique iranien. D'aucun prétendent qu'il s'agit d'oeuvres sonores réalisées par des habitants des autres mondes, disposant des mêmes technologies que les humains. Des soupçons, attisés par la situation politique tendue, naissent à l'encontre de certaines personnes publiques, de certaines entreprises, de groupes religieux, accusés d'être en représentation permanente dans l'espoir propandiste d'être captés par les habitants des autres dimensions. Le mot espionnage est lâché. Partout dans le monde, des citoyens font voeu de silence. D'autres s'enferment pour ne plus faire qu'écouter les signaux reçus. La confusion et la paranoïa rêgnent.
19 novembre 2009
AN INTERVIEW WITH CAROLYN CHUTE
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" Elle vit avec son mari à la zztopienne barbe dans une cabane de bois, sans téléphone ni ordinateur et les toilettes à l’extérieur, elle veut juste qu’on les laisse en paix…
Car elle ne demande rien à personne sinon le respect et n’exige qu’une chose, la liberté. D’où cette arme qui ne la quitte pas. D’où le fait qu’elle dirige une milice de plusieurs centaines de membres, tous lourdement armés (le Maine : beaucoup d’armes, peu de crimes)… C’est de là que vient sa mauvaise réputation. Son idéologie ? Elle n’en a pas. Elle veut juste qu’on laisse les gens vivre comme ils l’entendent et en paix. Elle est l’héritière des persécutés de Malaga Island, ces noirs et ses métis déportés en 1912 pour leur bien par le gouverneur démocrate et progressiste du Maine, Frederick W. Plaisted. Comme Hakim Bey, elle est une Jukes ou une Kallikaks. Elle est l’âme d’une certaine Amérique bornée, mais bienveillante et surtout discrète. En elle, certains voient l’esprit de la Constitution, laquelle dessine la liberté des citoyens non pas tant par des droits qu’en creux en limitant les pouvoirs qui pourraient s’exercer sur eux. Elle est une véritable anarchiste au sens noble du terme, elle ne veut rien imposer aux autres, juste vivre libre et tranquille dans sa cabane au fond des bois. "
http://www.schizodoxe.com/2009/02/25/carolyn-chute/
This is an interview with Carolyn Chute, secretary of the 2nd Maine Militia and Border Mountain Militia. In the Southern Poverty Law Center's Spring 1997 Intelligence Report, the 2nd Maine Militia was listed, along with the Center's exclamation that "Patriot groups pose continued threat" and the statement that the Patriot Movement is "the fastest growing segment of the anti-government movement—radical, violence-prone religious separatists."
Carolyn is real. The two militias she works with are real. But the interviewer here is not. This piece is written by Carolyn, who insists "the interview style is much more interesting than essays or articles, but real living, breathing interviewers fudge everything—therefore what they write is fake." The fictional interviewer is a representative "institutionally educated" urban-valued, nondescript so-called liberal person who will be known as IUNLP. Carolyn, an uneducated redneck novelist, will be known as CC.
(Carolyn is the author of The Beans of Egypt, Maine. Her latest novel is Snow Man.)
IUNLP: Well, well! (Breathlessly) That was quite a ride coming up here into the foothills of the White Mountains.
CC: Have a seat. Throw your coat anywhere.
IUNLP: My, my! So many rocking chairs! Ten rocking chairs! No couch, no television. Why do all these rockers face each other?
CC: When you don't have television, you have to look real people in the eye.
IUNLP: Well, I don't like television either, but I like to stay abreast of the news ... keep up with it.
CC: Tea?
IUNLP: Yes, thank you.
All settled with tea and a slisky-sounding tape recorder running, the interview begins in earnest.
IUNLP: I've been poring over articles about you and I see where you always call yourself a redneck. Why?
CC: I'm a redneck.
IUNLP: And you admit it.
CC: (Looks at interviewer and squints)
IUNLP: Rednecks are bad people. Everyone knows that.
CC: Us rednecks don't know that. We like each other.
IUNLP: But you personally don't seem to have much against gays, people of color or women.
CC: My son-in-law is three-quarters African descent, one fourth American Indian. When I met him he hated gays and Mexicans. Lately he's softened on gays. Everybody hates somebody, I guess. I never liked schoolteachers but if they are real special, I'll warm up a little. Liberals hate working-class white men, especially those who don't do dishes and who whistle at women. We can all go around and around with this about who has more hate. And you know the faceless financiers who are fleecing us all love to see us pointing with our blame-fingers horizontally. They just don't wanna see any of us pointing up. They have no hate whatsoever for any of us down here. They feel nothing about any of us. We are like blades of grass under their feet.
IUNLP: But "redneck." Ack! Can't you call yourself something else? Like "rural person"?
CC: The word "redneck" comes from the red neckerchiefs worn by the coal miners of the South when they, of both black and white races, marched by the thousands in defiance of the atrocities and oppression caused to them by the merging of organized money and government. It's one of those many secrets of our history. Labor history is called "the untold story" because the controllers of our history, educators and the media, have a kind of funny amnesia about labor struggles, like they do horrors done to all kinds of people who are a thorn in the side of the elite. These stories are kept quiet or altered. I especially like the stories of heroic deeds by ordinary people when they have faced down the cruelties and injustices of the elite.
IUNLP: The White Male Elite. CC: I don't know. I've never seen them. They might be chartreuse hermaphrodites. You ever seen them?
IUNLP: Actually, no.
CC: Anyway, the controllers of our history and culture have revised a lot of things. Even the meanings of words. Kind of Orwellian, eh? I have countless flaws. But being redneck, working class— or, more accurately, the "tribal class"—I am proud of that.
IUNLP: Some people would suggest you try to better yourself, get a good education.
CC: I am proud to have escaped my institutional education. I am proud not to have been trained to jump through the honor hoops and all that grading crap. The institutional education was created by industrialists for a reason.
IUNLP: (Dreadful silence)
CC: What's wrong?
IUNLP: Why do you have so many guns around here? I didn't notice them when I first came in.... Why do you have them around like this?! There’s at least a dozen....Oh gawd, there's a couple more over there!
CC: Why not?
IUNLP: Well, I myself don't approve of guns. They kill. We need more gun control.
CC: I always find it interesting that liberals or leftists, or whatever it is the Professional Class calls itself, fear guns in the hands of Americans, but have no problem with guns in the hands of Zapatistas or the Peruvian M.R.T.A.
IUNLP: Those people are facing injustices.
CC: Urban blacks aren't? Mid-western farmers aren't? American Indians aren't? The prohibition on drugs has only increased street drugs and street crime. Not to mention big bureaucracy and a big organized underworld. It's even increased the misuse of guns. A prohibition on guns will only increase street crime and big bureaucracy and a big underworld and misuse of guns. But aside from that, even if you could disappear all the guns and pipe bombs and Molotov cocktails from America, what about the hand that shoots the gun? What about the hand that triggers the bomb? Shall we cut off all Americans' hands to keep them from inventing something else?
IUNLP: Don't be silly.
CC: Behind all those urban killings are people created by the Great Progressive Society. These people are not revolting against the Great Progressive Society. They are raw imitations of the Great Progressive Society. We are led to believe that the professional middle class are the winners, the working class are the losers. You'd probably say this in fancier words, but you'd express this belief. You yourself suggested I should "better myself " a few moments ago. As I see it, class is about values, dependence and ways of communicating. The working-class person values place, interdependence, cooperation, the tribe. Rural working class especially values land. Many of us would kill to keep our land, our home, which for thousands of years was not considered a crazy thing to do. Middle-class professionals are into "success" and they are a dependent people, happily dependent on the consumer system for everything. You call it independence. But if you lost your electricity, your service people, your access to stores, you'd see how independent you are! Working-class people have become dependent on these things, too, but working-class values resent this dependency.
IUNLP: (Gulps tea)
CC: Also, the classes communicate differently and our social skills aren't the same. Working-class people aren't big on formal introductions and small talk. We use much more body language and humility. Among us, we share a lot of local history and experience, so there's much we don't have to say to each other. We tend to mumble and say "you know" a lot. We aren't usually talking heads. Self-deprecation is often our way of exercising a work-group, working toward cooperation and trust. It's a very tribal thing. And home. Home is not a street number, not a building. Home is another word for community, for the tribe ... faces, hands, voices, mumbles and shared work.
IUNLP: So tell me about the 2nd Maine Militia and Border Mountain Militia and the No-Wing Militia Movement.
CC: The No-Wing Militia Movement is not really separate from the Right-Wing Militia Movement. We attend each other's meetings, hang out together, do business with each other. We are neighbors and family. We have the same values, same fears, same dreams. But two basic differences. One, the No-Wing militia movement doesn't warm to the idea of a theocracy. We don't stress religion other than the Constitutional right to have freedom of it. We aren't into the idea of a Big Punishing Dad in heaven or in government. But you know, if you study the biblical scholars, most of them agree that Jesus' prime message was unconditional love, unconditional welcome. In that sense, you might say our militias are the true Christian militias. One of our homemade bumper stickers says "Have you hugged your favorite militia person today?" But I like to hug 'em all. (Chuckle) The other basic difference is that the Right-Wing Militia people have gotten their political education straight from the McKinley anti-Populist, anti-democracy "Progressive Society" era and McCarthy era. And, of course, they’ve learned a lot of junk in school, just as we all have.
IUNLP: And where does the No-Wing Militia Movement get its education?
CC: Articles from all sources and books circulated and a lot of hanging out together. The greatest part of a person's education is who you become, not just the info you absorb. Schools create arrogant system-loving "leaders," an obedient system-loving middle mediocre group, and losers. Most of us were school losers, feeling outside the system, feeling ineffective. And we were the rebels, asking smartass questions, not behaving. Often kicked out of school. Some of us got "good" grades and "behaved" but were shy and reclusive. Our militias empower us, both right wing and no wing... we are empowered by the militia. But much of the No-Wing Militia's info comes from Noam Chomsky and Richard Grossman and...
IUNLP: Leftists!
CC: Naw. Noam Chomsky... he never talks about how to fix the problem. He gives no leftist solutions. He just tells truth. We need to start with truth. Jesus or somebody said, "The Truth will set you free." But really the truth will make you pissed. You have to be pissed before you get free.
IUNLP: The word "militia" scares a lot of people. The Oklahoma City bombing...
CC: You watch too much TV. The OK City bombing, as I've been hearing it, was one or two guys who may have attended a militia meeting... but you betcha they attended good ol' American schools. I heard they were thrown out of the militia meeting. Maybe you've read The Spirit of Crazy Horse, by Peter Matthiessen? Or The Populist Moment, by Lawrence Goodwyn? Or various works of Wobblies and the civil rights movement? Then you know it is critical for this corporate-owned government to crush any significant movement that threatens the existing political, social and economic order.
IUNLP: So you believe the government had a hand in blowing up that building?
CC: We'll never know. But I know the government is capable.
IUNLP: That's quite cynical.
CC: If we can believe the US government can financially back the murder and torture of people in other lands, but not believe they could do it to Americans, isn't that a kind of value you are putting on American life, that you believe a power that can perform or support atrocities on a Baghdad child, a Cuban child or a Mayan person would hesitate to hurt a child in Oklahoma City? But remember the wonderful elite. It differentiates none of us. We are just blades of grass under their feet. Also, let's look at another possibility. That a militia sentiment was what killed those people in Oklahoma. Are you aware of the millions of small American farmers thrown from their homes by the coziness of government and business? These millions have turned to be a very angry people, which nothing can fix, except getting their homes and agriculture back. They are now called bad people because they have gotten pretty deep into heavy-duty Puritan Christian right-wing militias and are building up arsenals. Geronimo was called a bad man, too. Now we say he was OK because the US government and big mining and railroad businesses took his home and conducted slaughter as well. The bombing of innocent people is not justified. But the rage is justified. I just wish I could induct those enraged millions into our No-Wing Militia Movement.
IUNLP: Well, what does the No-Wing Militia Movement plan to do about all this? Gun your way into Dow Jones? (Glances at guns)
CC: (Chuckles)
IUNLP: Well?
CC: Well, I'm glad you asked. We have a very specific plan. First of all, as you know, we aren't dealing with a dramatic and sudden invasion by a foreign enemy. Maybe guns would be more useful, if we were. What we are dealing with is over a hundred years of mind control.
IUNLP: That sounds paranoid.
CC: In the late 1800s—McKinley era—when the Farmers’ Alliance became powerful and the Populist Movement was sending out feelers into the world of established politics, the bankers and big companies who were threatened by this prospect of a possible democracy poured, shoveled and crammed the Republican Party full of bucks, and the party hired a guy named Mark Hanna as the first real campaign PR man and the "Great Society" was created or "Progressive Society" or...you know..." The American Dream." This got most of America to associate the flag, the Bible and clean hands with the Republican Party. Populists were "Granby" and "barefoot" and "socialist" and "un-American." I have often thought how the Cleaver family and the Brady Bunch were actually conceived in the McKinley era. Work, shop, cut your hair, wash your hands, don't complain, love your System and your Country no matter what. Succeed! It was important for people to get the flag, God and Big Biz a bit confused. It was important to be cheerfully subservient and well-behaved and to see rebels as likened to foreign-influenced criminals, to see democratic action as confrontational and naughty. Like, go to the principal's office! This plan, seeping into all our culture, was very effective.
IUNLP: Damn Republicans.
CC: The Democrats were no saints. They didn't like the Populists any more than the Republicans did. In the South, "The Party of the Fathers" was horribly threatened by this new populist party. The Democrats murdered people, did ballot-box stuffing and all manner of awful deeds. But, you see, the big money went into the Republican Party. It is the immeasurable power of big money that is the lesson here.
IUNLP: OK, so now we have mind control.
CC: The American Dream has served the capitalist elite very well. It has become not just a campaign slogan but our culture. At times it almost feels like it's part of our soul. Through every medium it has seeped. It has filled every cradle. They send a yellow bus to our doors and we gladly shove our children aboard. For many years, day in and day out, the Great Society whispers into each sweet perfect little childly ear. Children are graded like slabs of meat. Pitted against each other for honors. Millions of children are culled out heart and soul because their talents are not academic or marketable, not valued, too tribal. The Great Society begins at 5 years old. And notice how schools in no way resemble home. There are no grammies or dads, babies or dogs hanging around to lend or need a hand. But schools do indeed resemble insurance companies! And politicians have the gall to say we-the-people have forsaken family values!
IUNLP: That's the Republicans.
CC: All of them. By example alone, the Clintons are a big pink disgusting glossy ad for The Great Society.
IUNLP: OK, so, again, what are you militia people going to do about this mess? How many members in your two militias?
CC: The 2nd Maine Militia is the statewide one and has been open to the public. At meetings and our State House siege in 1996 we have had Republicans, Democrats, Greens, Marxists, John Birchers, right-wing conspiracy theorists and all in between. And we all got along cheerfully! It was beautiful. The 2nd Maine Militia rotary has about 450 members. There would have been another hundred if I could have kept up with the mail, and maybe a thousand more if we could have kept up with the meetings. But due to lack of money and time, we're keeping the 2nd Maine on the back burner. Easier for us to work with is the Border Mountain Militia, a neighborhood chapter of the 2nd Maine. About forty people. We all meet here at our house. We're basically No-Wingers. We're discussing some community stuff some of us want to get involved in like Meals on Wheels and food drives. But also we are available to festivals, etc., with our theatrical presentations, sing-alongs, somber reading of empowering documents: comedy skits, flag-waving. Every time we go public, we recruit more. But we don't have the money and resources and time the corporate elite has.
IUNLP: Four hundred and fifty or even a thousand. That's not really a movement, Carolyn.
CC: (Leans forward, dramatically whispers, hisses actually) You and I know there are millions of people out there ready for this. They say America is anxious. That's an insulting understatement by the sweet elite and their media. America is not anxious! It is steaming!
IUNLP: I'm afraid I don't see it.
CC: Not in your circle. I don't mean that insultingly. Just truthfully. America is steaming. Confused, yes. But hot.
IUNLP: What do you plan to do about the Southern Poverty Law Center's defamation of your (ahem) movement?
CC: Well, I certainly won't be sending them any more of my hard-earned pennies. What about you? The best way to kill a water moccasin is to dry up his pond.
IUNLP: What happened at the State House during your...(ahem) siege?
CC: Well, actually it was a people's lobby. We didn't expect to change the legislature from a corporate-minded alien body to a government for the people in one day. What we achieved was actually what happened inside each and every one of us. Empowerment! There were 150 people with us and more calling and writing to us in the following weeks and most were pushing to do another action soon. They were chomping at the bit. But we didn't have a full-time organizer and I couldn't organize any more No raids on the government all by myself. It takes more than just one little redneck gal.
IUNLP: (Smiles)
CC: Yuh, right. I know what you're thinking. I'm 165 pounds. Not so little.
IUNLP: I wasn't thinking that. But again, let me get this straight. What does the No-Wing Militia Movement plan to do about corporate invasion of our capitals and a hundred years of mind control?
CC: (Chuckle) Well, as you see, we can't kill it with a gun. And we can't do it fast. It'll take many generations. We need to build individual self-respect in all Americans, not just the honor types. Our goal is for citizens to feel like a sovereign power first before they take the big step of cutting the corporate jugular, of dismantling corporate power. A corporation is not a person. It is a thing. It should have no human rights whatsoever, let alone sovereignty. We need to deflate all the myths of capitalism.
IUNLP: You sound like a leftist!
CC: Spare me! That’s insulting! Leftists, rightists are all such reactionaries. You want this tea on top of your head?
IUNLP: Is that what you call a redneck’s use of body language?
CC: The basic structure of our government is not half-bad. It might work if "the people" made its highly visible presence. A unified presence of all sexes and races and classes would be one that the elected representatives would fear, hence they would, represent us, not the tiny elite of organized capital.
IUNLP: Ernesto Cortes Jr. said, "power! Power comes in two forms: organized people and organized money."
CC: The no-wing militias don't spend a lotta time talking gay issues, women's issues, race issues, Indian issues, Hispanic issues, Christian versus something else. We just welcome everyone and work together to fight the enemy we all have in common. Democracy is like a Caddy—it won't go anywhere unless you get behind the wheel.
IUNLP: So you aren't talking about changing the economic structure. You are talking sovereignty.
CC: Well, I don't see how the economic structure could be either capitalist or communist or socialist if all people were represented. None of those huge systems are sensitive to regional differences. For instance, the Lakotas resettling the Black Hills might want a different economic system than small Midwestern farmers or the city folk of Detroit.
IUNLP: You make the message of the No-Wing Militia Movement sound simple. But actually there’s a whole lot of ideology behind it.
CC: The people in Congress and state houses and our judges, lawyers, editors in charge of big publications, heads of networks may be good people. But I hear them say they don't understand why the rednecks are so angry. But please hear me...the shimmering economy is only for those big-shot investors and those who have found their niche high up in the system. The rest of us are working our asses off for long hours like robots. Some of us get paid well. Some of us get peanuts. Nevertheless, we work all the time, at work that becomes more and more meaningless and dangerous by the moment. That is, if we are those who can find work. Millions of Americans are living a kind of twisted enslavement, while others are in prisons or out on the street living like tigers and rabbits. So many of us wake in the night knowing we are losing our homes. And remember, home to many is not just about a street address or a building. It is everything! Our shared history, our customs, our community, our work, our land, our heritage, our pride, our tribe. The American corporate-owned government and its constructed consumer culture and mind control have created a mass cultural genocide, and soon through prisons, the death penalty and neglect, actual genocide. We have no representation in our government. (A desperate whisper) Are rednecks the only ones angry?! Do you really believe that!
IUNLP: I guess not.
CC: Where can we turn for trust? For comfort? For honor? For respect? We turn to each other!
IUNLP: So what do you do with guns at your meeting?
CC: We talk guns. Rednecks love guns, always have. It's our culture. Also at our meetings, we shoot targets. We're pretty good. See this one here. That's my favorite. It's an SKS...globe sight, thirty-shot magazine. Doesn't kick. It just moves like a powerful but friendly little animal against the shoulder as you fire it.
IUNLP: This really is upsetting, to hear you talk like that. There should be a law against guns—although ... I'm sure you're right about the mess it would cause. I just can't help thinking of the staggering statistics and...
CC: From an organizer's point of view, you will never see the day that the American people will be organized against The Thing, the Corporate Thing, if you harp on all these "issues." Like the Zapatistas, you have to start where the people are, not criticize them for rough edges. I trust my neighbors to have guns. Maine has one of the lowest violent crime rates in the nation, something like fourth. Yet we have more guns per capita than any other state. You do not say to the people of Maine, "I would like to take your guns away" and expect them to hear your next words. You've lost them. Forever. My God, NAFTA, GATT and now the MAI—the Multilateral Agreement on Investment! Those should be bells going off. Alarms! Fire! Yes, its like a fire! Never mind the "issues!" There's a fire and we need to put it out!
IUNLP: O.K. So I heard the 2nd Maine and Border Mountain militias have what you call the Recipe for Revolution. Can you share that?
CC: Well, here’s the Recipe for Revolution in a nutshell. We make it unlawful for corporations to lobby or donate to politicians. In any way. Not just corporations. Anybody. No money. Campaigns shouldn't cost money. We need to use our wonderful imaginations and think up how that can be done. It can be done. Also, we need to take Free Speech of flesh and blood people very seriously. We have a lot of ways to go with that--and money should no longer be counted as "speech." We need to bring back serious charter revocation of corporations that hurt people or the planet. Some state legislatures and attorneys general can't do this anymore, but many can. In Maine they can. No more human rights to corporations. We need to roll back the 1886 ruling where the Supreme Court gave corporations human rights. And no damn paper or oil company (for instance) should be able to own over half the State of Maine. Or trillions in capital. Unlimited property and wealth all in one hand is dangerous, whether it be Capitalists or Communists or Caesar or a Pharaoh. If you dig deep enough into history, you’ll find that "limiting property and wealth" was meant to be written into our Constitution by some of "the fathers," but got booed out by the more slave-minded fathers in the end.
And meanwhile we have a lot to rethink concerning modern education.
IUNLP: So you are not going to blow up any buildings.
CC: You watch too much TV.
IUNLP: Some people call your 2nd Maine Militia the "Wicked Good Militia."
CC: Yuh. Wicked and good.
Originally published in New Democracy Newsletter, March-April 2000.
http://www.newdemocracyworld.org
18 novembre 2009
Ne Travaillez Jamais
Libellés :
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Second Life
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Internet,
Mondes virtuels
J'ai finalement craqué : je me suis crée un personnage sur Second Life et me suis lancé. Difficile de m'intéresser aux jeux, aux mondes virtuels et à leur influence sur le rapport à la "réalité", sans me plonger moi-même dans cet univers qui rassemble 3,6 millions de résidents.
Je ne sais pas du tout quoi penser de la soirée que j'y ai passé - de 23h à 2h, à peu de choses près, des heures qui sont passées à une vitesse encore plus hallucinante que d'habitude sur le Web. Pas étonnant que certains y consument leur vie. Cela me fait penser à cette réplique dans eXistenZ : la durée de l'histoire du film couvre un ou deux jours, mais en réalité, tout n'a été qu'une partie de jeu dans un monde virtuel, partie qui a duré une vingtaine de minutes. Un des joueurs fait remarquer qu'en passant sa vie entière dans le virtuel, on pourrait avoir l'impression d'être immortel. Il semblerait que dans la réalité, ce soit exactement l'inverse.
Bref. Je suis arrivé et ai rencontré un couple de geeks français au bout de quelques minutes. Je dois dire que sans eux je n'aurais pas poussé l'expérience très loin ; je ne comprenais rien aux fonctionnalités du "soft" ni aux moyens de changer d'endroit pour rencontrer du monde.

Mais ces deux-là m'ont pris en charge, avec un certain humour, je dois dire, en me remettant un fichier texte précisant les devoirs de tout newbie (comme l'obligation de draguer lourdement) et en m'expliquant comment avoir l'air moins ridicule et pataud ; il est vrai que les déplacements et les gestes ne sont pas évidents à maîtriser. J'ai rapidement découvert comme prendre des "photos", ce dont je ne me suis pas privé, découvrant au passage que les autres "joueurs" voient mon personnage prendre une photo, et que tout voyeur est donc rapidement identifié. Comme dans la vrai vie...

Bref, comme je voulais voir du pays, ils m'ont téléportés avec eux dans la galerie d'art d'une de leurs amies, une certaine Vroum, qui apparemment gagne de l'argent (peut-être même sa vie ? sa vie réelle ?) avec ça. L'occasion, dans cet endroit plus privé, plus petit, presque secret, de faire connaissance de manière un peu plus personnelle - d'apprendre qu'ils sont à côté de Montpellier, qu'ils sont accro à Second Life, que Molo, l'homme du couple, porte des chemises hawaïennes.

Moi je leur ai dit que je faisais de la musique, que pourquoi pas ça m'intéresserait de faire des concerts sur SL. On a échangé des liens divers, Myspace, webzines... Cette "convivialité" à laquelle je ne m'attendais pas m'a assez séduit. Même si j'ai rapidement senti, en évoquant l'air de rien ces questions avec eux, qu'il était hors de question, sur Second Life, de faire des choses trop "bizarres" ou anti-système. Pas de révolution possible. Pas de zones privées sans Linden Dollars. Pas de politique. Pas de crime : ni meurtres, ni viol, ni attentats. Inenvisageables car techniquement impossibles. Second Life comme parodie du jardin d'Eden et comme préfiguration d'un monde où l'ingénierie sociale, génétique, où la surveillance, le dressage, auront banni autant que possible la possibilité même de faire le mal. Et au passage la possibilité de toute lutte politique réelle.

Troisième individu rencontré : un ami des deux autres. Rapidement appris qu'il était de Dieuze, ancien du 13ème régiment. Le monde est désespérément petit, même sur Second Life. Comme je commençais à m'ennuyer un peu j'ai demandé à mes deux chaperons de m'indiquer un coin un peu plus fréquenté, plus vivant, plus "urbain" pour continuer mes explorations. Et ils m'ont téléporté là :

Pas exactement le genre d'endroit que j'espérais, mais apparemment, une zone très appréciée et fréquentée. Et il est vrai que c'est là que j'ai vu le plus de connectés, de la soirée. Toutes les filles sont décidément des bombes sexuelles, et habillées comme des putes. Tous les mecs, des armoires à glace. Jeunesse, beauté ; la vieillesse et la laideur même pas bannies, non. Inexistantes, inconcevables. Second Life comme rêve "nazi" et eugéniste.

Quand j'en ai eu marre de les regarder faire leur tai chi, j'ai pris congé de mes deux anges gardiens, pour aller explorer le vaste monde avant de me coucher - du moins le croyais-je, que j'allais me coucher sous peu. Je suis passé par diverses zones presque entièrement vides : Paris 1900, le club Jaafar (une boîte de nuit à Dubaï...), un petit Montréal. Je cherchais des francophones connectés : je me suis rabattu sur une zone québecoise.

Je rencontre une petite nana sur un banc, qui avec sa manière disons, chaleureuse de me parler, et sa tenue, me fait me demander si elle n'exerce pas un métier aussi vieux que le monde. Car la prostitution existe, sur Second Life, et toute l'industrie du sexe y est solidement implantée. D'importants revenus sont dégagés. Mais en fait la jeune dame est mannequin. Mannequin sur Second Life. Et ses amis, que je n'allais pas tarder à rencontrer, sont managers d'artistes sur Second Life. DJ sur Second Life. Footballers sur Second Life. Gérants de boite de nuit sur Second Life. Je n'ai pas rencontré d'ouvrier, de femme de ménage ni de caissière de supermarché sur Second Life, et j'ai peu d'espoir que ça arrive.

La fille du banc s'appelait Caffee Maximus. Tout le monde porte un nom débile dans Second Life, et qui ne correspond à aucun peuple en particulier, aucune langue, aucune tradition. Dans les romans d'Antoine Volodine, les personnages en sont là aussi, mais parce que leur monde a été ravagé par des siècles de déplacements de population, de guerres ethniques, de destructions des sociétés. Dans Second Life, c'est juste le capitalisme heureux et le vivrensemble. Caffee Maximus m'a donné des noms de gens à contacter, pour faire connaître ma musique. Sur le coup, en notant les noms dans un fichier txt, j'ai eu l'impression que le "jeu" était là. Se trouver un but, et des alliés, puis travailler à le réaliser. J'ai écrit à un type qu'elle m'avait conseillé, et lui ai transmis l'URL de mon myspace (http://www.myspace.com/homeentertainment). Mais au fond, ai-je vraiment envie de faire des concerts dans ce monde-là ? Je crois plutôt que je n'en ai rien à foutre ; mais cela me donnait une raison d'être là et de me présenter aux autres. On ne sort pas comme ça de la société réelle ; monde virtuel ou pas, c'est son travail et la position sociale qu'il lui permet d'occuper, qui définit un individu par rapport aux autres. Chacun dans son rôle, chacun avec ses buts, ses intérêts. Chacun dans son discours balisé. La rencontre "pure" de deux subjectivités n'existe pas. Second Life n'est pas une autre vie ; c'est juste une deuxième vie.

Le temps de photographier quelques bimbos, qui s'en offusquent, et j'apprends donc que la politesse et le comportement normal sont de mises sur Second Life, et je fais la connaissance, au bar, de Rosie, manager d'un DJ qui fait de la Trance, paraît-il. Elle m'indique la commande pour que mon personnage danse sur la piste. Je me surprends à être autant "excité" par l'apparence des nanas en présence, sachant pertinemment que ce sont des figures en 3D qui n'ont très probablement aucun rapport, même de sexe, avec les individus réels qui se trouvent derrière leur écran quelque part sur la planète. Mais c'est un fait : ce qui est perçu à l'écran est ressenti comme réel.

Finalement je sortirai marcher sans but dans les rues. Rien d'autre n'est possible. Acheter, se déplacer, prendre des contacts pour gagner de l'argent et continuer à acheter et construire, s'établir dans le monde. Second Life tel qu'il est contredit mon idée de mondes virtuels servant non pas à fuir la vie, mais à augmenter la réalité et à proposer plus que ce qui est possible ; tout en étant le premier pas vers une démarche de libération dans la vie réelle. Second Life n'est rien de tout ça. Je ne vois même pas en quoi il pourrait être un refuge pour Hikikomoris. C'est notre monde, poussé à une certaine extrémité de sa logique ; c'est l'un des mondes possibles de demain, c'est l'utopie eugéniste, capitaliste et de surveillance, déjà expérimentable, par écrans interposés.
Et bien entendu Second Life n'a rien d'un jeu ni aucune des caractéristiques qui font du jeu quelque chose de fondamental. Il ne s'y passe rien de particulier et on y est "libre" ; sauf qu'on est libre uniquement de ne rien faire de fondamental. Et qu'il ne s'y passe rien est la pire option imaginable : dans la vraie vie, il y a des épreuves à traverser, qui tombent du ciel ; il se passe des trucs auxquels on ne peut rien. Les choix sont limités. Et les jeux, qui reflètent ces épreuves à passer, permettent de s'y préparer, ou de sublimer, ou de se libérer. Second Life n'est pas un jeu, c'est même l'anti-jeu par excellence ; et ça n'est pas la vie, même seconde, ou même virtuelle ; ça n'est pas la vie, c'est son contraire.
Je ne sais pas du tout quoi penser de la soirée que j'y ai passé - de 23h à 2h, à peu de choses près, des heures qui sont passées à une vitesse encore plus hallucinante que d'habitude sur le Web. Pas étonnant que certains y consument leur vie. Cela me fait penser à cette réplique dans eXistenZ : la durée de l'histoire du film couvre un ou deux jours, mais en réalité, tout n'a été qu'une partie de jeu dans un monde virtuel, partie qui a duré une vingtaine de minutes. Un des joueurs fait remarquer qu'en passant sa vie entière dans le virtuel, on pourrait avoir l'impression d'être immortel. Il semblerait que dans la réalité, ce soit exactement l'inverse.
Bref. Je suis arrivé et ai rencontré un couple de geeks français au bout de quelques minutes. Je dois dire que sans eux je n'aurais pas poussé l'expérience très loin ; je ne comprenais rien aux fonctionnalités du "soft" ni aux moyens de changer d'endroit pour rencontrer du monde.

Mais ces deux-là m'ont pris en charge, avec un certain humour, je dois dire, en me remettant un fichier texte précisant les devoirs de tout newbie (comme l'obligation de draguer lourdement) et en m'expliquant comment avoir l'air moins ridicule et pataud ; il est vrai que les déplacements et les gestes ne sont pas évidents à maîtriser. J'ai rapidement découvert comme prendre des "photos", ce dont je ne me suis pas privé, découvrant au passage que les autres "joueurs" voient mon personnage prendre une photo, et que tout voyeur est donc rapidement identifié. Comme dans la vrai vie...

Bref, comme je voulais voir du pays, ils m'ont téléportés avec eux dans la galerie d'art d'une de leurs amies, une certaine Vroum, qui apparemment gagne de l'argent (peut-être même sa vie ? sa vie réelle ?) avec ça. L'occasion, dans cet endroit plus privé, plus petit, presque secret, de faire connaissance de manière un peu plus personnelle - d'apprendre qu'ils sont à côté de Montpellier, qu'ils sont accro à Second Life, que Molo, l'homme du couple, porte des chemises hawaïennes.

Moi je leur ai dit que je faisais de la musique, que pourquoi pas ça m'intéresserait de faire des concerts sur SL. On a échangé des liens divers, Myspace, webzines... Cette "convivialité" à laquelle je ne m'attendais pas m'a assez séduit. Même si j'ai rapidement senti, en évoquant l'air de rien ces questions avec eux, qu'il était hors de question, sur Second Life, de faire des choses trop "bizarres" ou anti-système. Pas de révolution possible. Pas de zones privées sans Linden Dollars. Pas de politique. Pas de crime : ni meurtres, ni viol, ni attentats. Inenvisageables car techniquement impossibles. Second Life comme parodie du jardin d'Eden et comme préfiguration d'un monde où l'ingénierie sociale, génétique, où la surveillance, le dressage, auront banni autant que possible la possibilité même de faire le mal. Et au passage la possibilité de toute lutte politique réelle.

Troisième individu rencontré : un ami des deux autres. Rapidement appris qu'il était de Dieuze, ancien du 13ème régiment. Le monde est désespérément petit, même sur Second Life. Comme je commençais à m'ennuyer un peu j'ai demandé à mes deux chaperons de m'indiquer un coin un peu plus fréquenté, plus vivant, plus "urbain" pour continuer mes explorations. Et ils m'ont téléporté là :

Pas exactement le genre d'endroit que j'espérais, mais apparemment, une zone très appréciée et fréquentée. Et il est vrai que c'est là que j'ai vu le plus de connectés, de la soirée. Toutes les filles sont décidément des bombes sexuelles, et habillées comme des putes. Tous les mecs, des armoires à glace. Jeunesse, beauté ; la vieillesse et la laideur même pas bannies, non. Inexistantes, inconcevables. Second Life comme rêve "nazi" et eugéniste.

Quand j'en ai eu marre de les regarder faire leur tai chi, j'ai pris congé de mes deux anges gardiens, pour aller explorer le vaste monde avant de me coucher - du moins le croyais-je, que j'allais me coucher sous peu. Je suis passé par diverses zones presque entièrement vides : Paris 1900, le club Jaafar (une boîte de nuit à Dubaï...), un petit Montréal. Je cherchais des francophones connectés : je me suis rabattu sur une zone québecoise.

Je rencontre une petite nana sur un banc, qui avec sa manière disons, chaleureuse de me parler, et sa tenue, me fait me demander si elle n'exerce pas un métier aussi vieux que le monde. Car la prostitution existe, sur Second Life, et toute l'industrie du sexe y est solidement implantée. D'importants revenus sont dégagés. Mais en fait la jeune dame est mannequin. Mannequin sur Second Life. Et ses amis, que je n'allais pas tarder à rencontrer, sont managers d'artistes sur Second Life. DJ sur Second Life. Footballers sur Second Life. Gérants de boite de nuit sur Second Life. Je n'ai pas rencontré d'ouvrier, de femme de ménage ni de caissière de supermarché sur Second Life, et j'ai peu d'espoir que ça arrive.

La fille du banc s'appelait Caffee Maximus. Tout le monde porte un nom débile dans Second Life, et qui ne correspond à aucun peuple en particulier, aucune langue, aucune tradition. Dans les romans d'Antoine Volodine, les personnages en sont là aussi, mais parce que leur monde a été ravagé par des siècles de déplacements de population, de guerres ethniques, de destructions des sociétés. Dans Second Life, c'est juste le capitalisme heureux et le vivrensemble. Caffee Maximus m'a donné des noms de gens à contacter, pour faire connaître ma musique. Sur le coup, en notant les noms dans un fichier txt, j'ai eu l'impression que le "jeu" était là. Se trouver un but, et des alliés, puis travailler à le réaliser. J'ai écrit à un type qu'elle m'avait conseillé, et lui ai transmis l'URL de mon myspace (http://www.myspace.com/homeentertainment). Mais au fond, ai-je vraiment envie de faire des concerts dans ce monde-là ? Je crois plutôt que je n'en ai rien à foutre ; mais cela me donnait une raison d'être là et de me présenter aux autres. On ne sort pas comme ça de la société réelle ; monde virtuel ou pas, c'est son travail et la position sociale qu'il lui permet d'occuper, qui définit un individu par rapport aux autres. Chacun dans son rôle, chacun avec ses buts, ses intérêts. Chacun dans son discours balisé. La rencontre "pure" de deux subjectivités n'existe pas. Second Life n'est pas une autre vie ; c'est juste une deuxième vie.

Le temps de photographier quelques bimbos, qui s'en offusquent, et j'apprends donc que la politesse et le comportement normal sont de mises sur Second Life, et je fais la connaissance, au bar, de Rosie, manager d'un DJ qui fait de la Trance, paraît-il. Elle m'indique la commande pour que mon personnage danse sur la piste. Je me surprends à être autant "excité" par l'apparence des nanas en présence, sachant pertinemment que ce sont des figures en 3D qui n'ont très probablement aucun rapport, même de sexe, avec les individus réels qui se trouvent derrière leur écran quelque part sur la planète. Mais c'est un fait : ce qui est perçu à l'écran est ressenti comme réel.

Finalement je sortirai marcher sans but dans les rues. Rien d'autre n'est possible. Acheter, se déplacer, prendre des contacts pour gagner de l'argent et continuer à acheter et construire, s'établir dans le monde. Second Life tel qu'il est contredit mon idée de mondes virtuels servant non pas à fuir la vie, mais à augmenter la réalité et à proposer plus que ce qui est possible ; tout en étant le premier pas vers une démarche de libération dans la vie réelle. Second Life n'est rien de tout ça. Je ne vois même pas en quoi il pourrait être un refuge pour Hikikomoris. C'est notre monde, poussé à une certaine extrémité de sa logique ; c'est l'un des mondes possibles de demain, c'est l'utopie eugéniste, capitaliste et de surveillance, déjà expérimentable, par écrans interposés.
Et bien entendu Second Life n'a rien d'un jeu ni aucune des caractéristiques qui font du jeu quelque chose de fondamental. Il ne s'y passe rien de particulier et on y est "libre" ; sauf qu'on est libre uniquement de ne rien faire de fondamental. Et qu'il ne s'y passe rien est la pire option imaginable : dans la vraie vie, il y a des épreuves à traverser, qui tombent du ciel ; il se passe des trucs auxquels on ne peut rien. Les choix sont limités. Et les jeux, qui reflètent ces épreuves à passer, permettent de s'y préparer, ou de sublimer, ou de se libérer. Second Life n'est pas un jeu, c'est même l'anti-jeu par excellence ; et ça n'est pas la vie, même seconde, ou même virtuelle ; ça n'est pas la vie, c'est son contraire.
14 novembre 2009
Les lourdes ombres noires
Libellés :
Conditions de vie,
Littérature,
Spiritualité
Chapitre extrait du livre de Carlos Castaneda " Le voyage définitif "
Ed. du Rocher - 1998 - page 261
(…) L'obscurité s'était installée très rapidement, et le feuillage des arbres qui, un instant plus tôt, était d'un vert éclatant, paraissait à présent beaucoup plus sombre et dense. Don Juan me dit que si je regardais avec une grande attention la couleur foncée du feuillage, sans focaliser mes yeux et avec une sorte de regard en coin, je verrais une ombre fugitive traverser mon champ de vision.
" C'est le meilleur moment de la journée pour faire ce que je te demande. Il va te falloir un moment pour trouver en toi le degré d'attention nécessaire. Ne t'arrête pas avant d'avoir entrevu cette ombre noire. "
Je vis effectivement se profiler une étrange ombre noire sur le feuillage des arbres, une ombre qui partait et revenait, puis diverses ombres évanescentes se déplaçant de droite à gauche, de gauche à droite, ou s'élevant très haut en l'air. On aurait dit de gros poissons noirs, de gigantesques espadons volants. J'étais complètement absorbé par cette vision qui finit par m'effrayer. Il faisait désormais trop sombre pour voir le feuillage, mais je distinguais toujours ces ombres noires fugitives.
" Qu'est-ce que c'est, don Juan ? Je vois des ombres noires s'agiter partout.
- C'est l'univers à l'état naturel, me répondit-il, l'univers incommensurable, non linéaire, délivré du joug de notre syntaxe. Les sorciers mexicains d'autrefois furent les premiers à voir ces ombres et ils les suivirent partout. Ils les voyaient comme tu les vois, et ils les voyaient également sous forme d'énergie circulant dans l'univers. Et ils ont alors fait une incroyable découverte. "
Il se tut et me regarda. Ses pauses étaient toujours très étudiées et il savait me tenir en haleine.
" Qu'ont-ils découverts, don Juan ?
- Ils ont découvert que nous ne sommes pas seuls, me dit-il aussi clairement qu'il le put. Venu des profondeurs du cosmos, un prédateur est là, qui toute notre vie nous maintient sous son emprise. Les êtres humains sont prisonniers et ce prédateurs est notre seigneur et maître. Il étouffe toute velléité de protestation ou d'indépendance et nous empêche d'agir librement. "
L'obscurité alentour semblait réduire ma faculté d'expression. S'il avait fait jour, j'aurais éclaté de rire, mais en pleine nuit, je me sentais comme muselé, paralysé.
" Il fait nuit noire, me dit don Juan, mais si tu regardes du coin de l'œil, tu vas continuer à voir ces ombres fugitives aller et venir autour de nous. "
Il avait raison. Je pouvais toujours les voir et leurs mouvements me donnaient le tournis. Don Juan alluma la lumière, ce qui eut pour effet de tout dissiper.
" Te voilà arrivé, grâce à tes seuls efforts, à ce qui était pour les anciens chamans le " cœur du sujet ". Je tourne autour du pot depuis longtemps en te laissant entendre que quelque chose nous retient prisonniers. Nous sommes effectivement tous prisonniers ! C'était un fait énergétique pour les sorciers d'autrefois.
- Pourquoi ce prédateur exerce-t-il ce pouvoir sur nous comme vous le dites, don Juan ? Il doit y avoir une explication logique !
- Il y a une explication, me répondit don Juan, qui est extrêmement simple. Ils nous tiennent sous leur emprise parce que nous sommes leur source de subsistance. Ils ont besoin de nous pour se nourrir, et c'est pour cela qu'ils nous pressurent implacablement. Exactement comme nous qui élevons des poulets pour les manger, ils nous élèvent dans des " poulaillers " humains pour ne jamais manquer de nourriture. "
Je me sentir secouer négativement la tête. Je ne pouvais exprimer mon violent sentiment de malaise et de révolte, et mon corps s'agitait pour le faire remonter à la surface. Je tremblais de la tête aux pieds sans pouvoir me contrôler.
" Non, non, non, m'entendis-je dire. C'est absurde, don Juan ! Ce que vous dites est horrible. Cela ne peut tout simplement pas être vrai, ni pour les sorciers, ni pour des gens normaux, ni pour personne.
- Et pourquoi ? me répondit calmement don Juan. Pourquoi donc ? Parce que cela te met en fureur ?
- Oui, cela me met en fureur, répliquai-je. Ce sont des idées monstrueuses !
- Eh bien, je ne t'ai pas encore tout dit. Ecoute moi jusqu'au bout et on verra comment tu te sens. Attention, je vais t'infliger un choc ! Ton esprit va subir de terribles attaques, et tu ne pourras pas fuir, parce que tu es pris au piège ; non parce que je te retiens prisonnier, mais parce que quelque chose en toi t'empêchera de partir, même si cela te rend fou de rage. Alors, rassemble tes forces ! "
Don Juan avait raison. Je ne serais pas parti de chez lui pour un empire, et pourtant j'abominais toutes les idioties qu'il était en train de me débiter.
" Je vais faire appel à ton esprit analytique, me dit don Juan. Réfléchis un moment, et dis-moi comment tu peux expliquer la contradiction entre, d'une part, l'intelligence de l'homme sur le plan scientifique et technique et, d'autre part, la stupidité de ses systèmes de croyances ou l'incohérence de son comportement. Ce sont les prédateurs, disent les sorciers, qui nous ont imposé nos systèmes de croyance, nos idées sur le bien et le mal, nos mœurs sociales. Ce sont eux qui suscitent nos espoirs et nos attentes, nos rêves de succès ou notre peur de l'échec, eux encore qui insufflent dans notre esprit convoitise, avidité et lâcheté et qui le rendent prétentieux, routinier et égocentrique.
- Mais comment s'y prennent-ils, don Juan ? lui demandai-je, de plus en plus irrité par ses paroles. Ils nous chuchotent tout cela dans le creux de l'oreille pendant notre sommeil ?
- Non, ils ne procèdent pas aussi bêtement, me répondit don Juan en souriant. Ils sont extrêmement efficaces et organisés, et pour s'assurer de notre obéissance, de notre docilité et de notre apathie, ils ont accompli une manœuvre extraordinaire - extraordinaire, bien sûr, sur un plan stratégique, mais horrible du point de vue de ceux qui en sont victimes. Ils nous ont donné leur esprit ! Tu m'entends ? Les prédateurs ont remplacé notre esprit par le leur, qui est bizarre, incohérent, grincheux, et hanté par la peur d'être percé à jour.
" Tu n'as jamais souffert de la faim, poursuivit-il, et tu as pourtant une sorte d'angoisse à propos de la nourriture. C'est celle du prédateur qui redoute continuellement qu'on découvre son manège et lui coupe les vivres. Par le biais de l'esprit humain qui est en réalité le leur, les prédateurs nous inculquent ce qui les arrange pour améliorer leur sécurité et avoir moins peur.
- Peut-être tout cela est-il vrai, don Juan, mais si c'est le cas, il y a là quelque chose d'odieux qui me répugne et m'oblige à prendre le parti contraire. Et comment font-ils pour nous manger ? "
Don Juan me fit un large sourire. Il avait l'air de bien s'amuser. Il m'expliqua que les sorciers voyaient les nouveaux-nés et les bébés comme d'étrange boules d'énergie lumineuse, recouvertes de haut en bas d'un revêtement brillant, un peu comme si une housse en plastique enveloppait étroitement leur cocon d'énergie. C'était cette couche brillante de conscience, me dit-il, que consommaient les prédateurs. Et lorsque les êtres humains atteignaient l'âge adulte, il n'en restait qu'une étroite bande à hauteur des orteils qui permettait tout juste à l'humanité de survivre.
Comme en rêve, j'entendis don Juan me déclarer qu'à sa connaissance, l'espèce humaine était la seule à avoir cette couche brillante de conscience à l'extérieur du cocon lumineux. C'est pourquoi nous étions une proie facile pour le mode de conscience différent, plus pesant, des prédateurs.
Il me révéla alors quelque chose d'encore plus traumatisant : cette étroite bande de conscience était le siège de l'autocontemplation dans laquelle l'homme était irrémédiablement piégé. En jouant sur cette autocontemplation qui est le dernier brin de conscience qui nous reste, les prédateurs suscitaient des éclairs de conscience qu'ils dévoraient avec l'acharnement d'un rapace. Et pour les provoquer, ils nous donnaient à résoudre des problèmes idiots et se nourrissaient du flamboiement énergétique de nos pseudo-intérêts.
Il devait y avoir dans ce que disait don Juan quelque chose de si pénible et bouleversant pour moi que j'en avais des haut-le-cœur.
Après une pose suffisamment longue pour me permettre de récupérer, je demandai à don Juan : " Mais puisqu'ils voient les prédateurs, pourquoi les sorciers mexicains, anciens ou actuels, ne font-ils rien ?
- On ne peut strictement rien faire, me dit tristement don Juan d'une voix grave, hormis se discipliner au point qu'ils ne puissent nous toucher. Et comment demander à nos semblables d'affronter les rigueurs d'une telle discipline ? Ils réagiraient en riant et se moquant de nous, et les plus agressifs d'entre eux s'énerveraient et nous tabasseraient. Ce n'est pas qu'ils ne nous croiraient pas ! Il y a au tréfond de chaque être humain une connaissance ancestrale, viscérale, de l'existence des prédateurs. "
Mon esprit analytique jouait au yo-yo. Tout ce que me racontait don Juan était grotesque, absurde, et en même temps me semblait raisonnable, très simple. Toutes les contradictions humaines s'expliquaient. Mais comment prendre tout cela au sérieux ? Don Juan me poussait sur le trajet d'une avalanche qui m'emporterait à jamais.
(…) Don Juan continua à enfoncer le clou toujours plus profondément. " Les sorciers mexicains d'autrefois voyaient le prédateur. Ils l'ont appelé planeur parce qu'il jaillit de l'espace. Il n'est pas beau à voir. C'est une grande ombre, d'un noir impénétrable, qui fonce vers le sol et se pose lourdement. Ces sorciers ne savaient pas exactement quand il avait fait son apparition sur terre. Dans leur idée, l'homme avait sans doute été à une époque un être complet doué d'une conscience prodigieuse lui permettant d'accomplir d'incroyables prouesses - tous ces exploits que nous retrouvons aujourd'hui dans nos légendes mythologiques. Ces facultés semblaient par la suite avoir disparu pour donner l'être humain actuel, un être diminué, comme abruti par des sédatifs. "
J'aurai dû me mettre en colère, le traiter de paranoïaque, mais je ne sais trop pourquoi, ce genre d'indignation toujours latente chez moi m'avait quitté. Quelque chose en moi avait même dépassé ce stade où je me disais : " Et si c'était vrai ? " Face à don Juan qui me parlait cette nuit là, je sentais au plus profond de mon être que tout ce qu'il me disait était vrai, mais en même temps, avec une force égale, que tout ce qu'il me disait était complètement absurde.
" Que voulez-vous dire, don Juan ? " lui demandai-je faiblement.
" Ce que je veux dire, c'est que nous avons affaire à forte partie. C'est un prédateur très malin et bien organisé, qui procède méthodiquement pour nous neutraliser et nous empêcher d'être la créature magique que nous étions destinés à être. Nous ne sommes plus désormais qu'une source de ravitaillement et n'avons d'autres rêves que ceux d'un animal que l'on élève pour sa viande : des rêves banals, conventionnels et imbéciles. "
(…) " Ce prédateur, me dit don Juan, est évidemment un être inorganique. Mais il n'est pas pour nous complètement invisible comme le sont les autres. Je suis sûr que les enfants le voient, et devant l'horreur que leur inspire cette vision, ils préfèrent ne plus y penser. Et même s'ils cherchaient à mieux le voir, tout le monde autour d'eux les en dissuaderait. "
Description de ce qu'est un être inorganique, page 231 dudit livre : " Les vieux chamans ont découvert que l'ensemble de l'univers est constitué de deux forces jumelles opposées, mais complémentaires. Ainsi notre monde a un jumeau, un monde opposé et complémentaire peuplé par des êtres doués de conscience, mais dénués d'organisme, auxquels ils avaient donné le nom d'êtres inorganiques. (…) L'ensemble de l'univers regorge de toutes sortes de mondes où la conscience peut être organique ou inorganique. "
" La seule alternative qui reste à l'humanité, continua don Juan, est la discipline. Seule la discipline a un effet disuasif. Mais je n'entends pas par ce terme une affreuse routine où l'on saute du lit tous les jours à cinq heures du matin pour s'asperger d'eau glacée ! Pour un sorcier, la discipline est la faculté d'affronter sereinement les difficultés imprévues. Il la considère comme un art : l'art de faire face à l'infini sans broncher, non pour faire étalage de sa force, mais pour lui témoigner son admiration et son respect.
- En quoi la discipline des sorciers peut-elle avoir un effet dissuasif ?
- Les sorciers disent qu'elle rend la couche brillante de conscience inconsommable pour le planeur, me dit don Juan en scrutant mon visage comme pour y déceler un signe d'incrédulité. Il est alors perplexe. Je suppose qu'il n'a jamais entendu dire qu'une couche brillante de conscience pouvait ne pas être comestible. Et cette perplexité ne lui laisse d'autre issue que de s'abstenir de poursuivre son infâme activité.
" A partir du moment où les prédateurs ne la mangent plus, notre couche brillante de conscience se développe. En simplifiant à l'extrême, on pourrait dire que, grâce à leur discipline, les sorciers éloignent les prédateurs, ce qui permet à leur couche brillante de conscience de se reformer et de retrouver progressivement sa taille normale. Les sorciers d'autrefois la comparaient à un arbre qui atteint sa hauteur et son volume si on ne le taille pas. Et à mesure que le niveau de conscience s'élève au-dessus des pieds, de nouveaux modes de perception surgissent automatiquement.
" Les anciens sorciers avaient découvert une excellente tactique : ils tenaillaient l'esprit des planeurs par la discipline. Ils s'étaient aperçus que s'ils lui opposaient leur silence intérieur, cette implantation étrangère disparaissait, ce qui confirmait l'origine extérieure de cet esprit. L'implantation étrangère tentait évidemment de revenir, mais elle avait perdu de sa force, et un processus se mettait en marche dans lequel l'esprit des planeurs prenait la fuite de plus en plus souvent, jusqu'au jour où il disparaissait définitivement. Un triste jour, en fait, puisqu'on doit dès lors se débrouiller tout seul en ne comptant que sur ces propres ressources, qui sont pratiquement nulles. Personne n'est plus là pour nous dire que faire, aucun esprit clandestin ne nous dicte plus les idioties auxquelles nous sommes accoutumés.
" Mon maître, le nagual Julian, disait fréquemment à ses disciples que c'était le moment le plus difficile de la vie d'un sorcier, car notre véritable esprit, celui qui nous appartient en propre et se résume à notre expérience personnelle, est devenu timide, inquiet et fuyant après une vie entière d'asservissement. C'est alors, selon moi, que débute le véritable combat du sorcier. Le reste n'est que simple préparation. "
(…) " Que voulez-vous dire par tenailler l'esprit des planeurs ?
- La discipline le met au supplice, me répondit-il. C'est donc grâce à leur discipline que les sorciers peuvent se débarrasser de cette implantation étrangère. "
J'étais extrêmement troublé. Soit don Juan était bon pour l'asile, soit ce qu'il venait de me raconter était si terrifiant que mon sang se glaçait dans mes veines. Je notai cependant la vitesse à laquelle se ranima mon énergie pour tout nier en bloc. Après un instant de panique, j'éclatai de rire, comme si don Juan venait de me raconter une bonne plaisanterie. Je m'entendis même lui dire :
" Don Juan, don Juan, vous êtes incorrigible ! "
Il parut comprendre tout ce que j'éprouvais et secoua la tête, levant les yeux au ciel, comme pour feindre le désespoir.
" Je suis si incorrigible que je vais asséner à l'esprit des planeurs qui t'habite un coup supplémentaire, en te confiant l'un des sectets les plus extraordinaires de la sorcellerie. C'est la conclusion à laquelle ont abouti les sorciers, une conclusion qu'ils ont mis des milliers d'années à établir et vérifier. "
Il me sourit d'un air machiavélique. " L'esprit des planeurs s'enfuit définitivement lorsqu'un sorcier réussit à saisir la force vibratoire qui assemble les champs d'énergie qui nous constituent. S'il maintient suffisamment longtemps sa pression, l'esprit des planeurs, vaincu, bat en retraite. Et c'est exactement ce que tu vas faire : te cramponner à l'énergie qui maintient ta cohésion. "
J'eus une réaction totalement imprévisible et inexplicable. Une partie de moi était vraiment ébranlée, comme si elle avait reçu un coup. Je me sentis envahi par une terreur injustifiée que j'associai aussitôt à mon éducation religieuse.
Don Juan me regarda de la tête aux pieds.
" Tu redoutes la colère divine, non ? Sois tranquille, cette peur n'est pas la tienne. C'est celle des planeurs, car ils savent que tu vas faire exactement ce que je vais te dire. "
Ses paroles ne me rassurèrent absolument pas, et je me sentis encore plus mal. J'avais des spasmes involontaires que je ne pouvais maîtriser.
" Ne t'inquiète pas, me dit calmement don Juan. Ce genre de crise passe très rapidement. L'esprit des planeurs n'a pas la moindre force de concentration. "
Quelques instants plus tard, toutes ces manifestations disparurent comme don Juan l'avait prédit. Dire que j'étais perplexe serait un euphémisme. Pour la première fois de ma vie, seul ou avec don Juan, je ne savais plus du tout où j'en étais. Je voulais m'extraire de mon fauteuil pour faire quelques pas, mais j'étais mort de peur. La tête farcie d'affirmations rationnelles, je me sentais pourtant terrorisé comme un enfant. Je me mis à respirer profondément et tout mon corps se couvrit de sueurs froides. J'avais déchaîné en moi quelque chose d'épouvantable : des ombres noires fugitives bondissaient partout où que je tourne mon regard.
Je fermais les yeux et reposai la tête sur le bras du fauteuil. " Je ne sais plus que faire, don Juan. Vous avez vraiment réussi à me déboussoler cette nuit.
- Tu es déchiré par une lutte intérieure, me dit don Juan. Tout au fond de toi, tu sais que tu ne peux t'opposer à ce qu'une indispensable partie de toi-même, la couche brillante de conscience, serve inexplicablement à nourrir de mystérieuses entités. Et quelque chose d'autre en toi refuse de toutes ses forces cette situation.
" Ce qui est révolutionnaire dans l'attitude des sorciers, poursuivit-il, c'est qu'ils se refusent à respecter un accord auquel ils n'ont pas participé. Personne ne m'a jamais demandé si j'acceptais d'être mangé par des êtres ayant un mode de conscience différent ! Mes parents m'ont simplement mis au monde pour les ravitailler, comme cela s'était passé pour eux, et c'est tout. "
(…) Revenu chez moi, je m'aperçu que l'idée des planeurs m'obsédait chaque jour davantage, jusqu'au jour où je sentis que les conclusions de don Juan étaient irréfutables. J'avais beau m'efforcer de trouver une faille à sa logique, elle était imparable. Plus j'y réfléchissais, plus j'observais mes semblables et moi-même, plus s'intensifiait ma conviction que quelque chose nous rendait incapables de toute activité ou interaction non focalisée sur le moi. Mon seul souci, comme celui de tous ceux que je connaissais ou rencontrais, était mon moi.
" Tous les êtres humains sur terre semblent avoir exactement les mêmes réactions, les mêmes pensées, les mêmes sentiments. Ils réagissent de manière presque identique aux mêmes stimuli. Le langage qu'ils utilisent jette une sorte de voile sur leurs attitudes, mais si l'on gratte un peu, on voit bien qu'ils ne peuvent échapper à cette similitude de comportement. " Don Juan
(…) Je fis des recherches anthropologiques approfondies sur la présence d'éventuelles allusions aux planeurs dans d'autres cultures. Elles s'avérèrent totalement infructueuses. Don Juan paraissait être l'unique source d'informations à cet égard. Dès que je le vis la fois suivante, je lui reparlai immédiatement des planeurs.
" J'ai fait tout mon possible pour rester rationnel sur ce plan, mais je n'y arrive pas. Il y a des moments où je suis complètement d'accord avec vous sur les prédateurs.
- Concentre ton attention sur les ombres fugitives que tu vois vraiment ", me dit don Juan en souriant.
Je lui fit remarquer qu'elles mettaient en péril ma rationnalité. Je les voyais partout. Depuis ma dernière visite chez lui, j'étais incapable de dormir dans le noir. Garder la lumière allumée ne me gênait pas du tout, alors que s'il faisait nuit, tout se mettait à bondir autour de moi. Je ne voyais jamais de véritables formes ou silhouettes complètes, mais seulement ces fameuses ombres noires fugitives.
" L'esprit des planeurs ne t'a pas quitté, me déclara don Juan. Il a été gravement atteint et essaie à tout prix de conclure un nouvel arrangement. Mais il s'est produit en toi une sorte de rupture définitive, et le planeur le sait. Le vrai danger, c'est que l'esprit des planeurs t'ait à l'usure et te fasse abdiquer en jouant sur la contradiction entre ses affirmations et les miennes.
" L'esprit des planeurs n'a pas d'opposant, poursuivit don Juan, et lorsqu'il propose quelque chose, il acquiesce à sa propre proposition et te fait croire que tu as raison. Il va affirmer que les prétendues révélations de don Juan sont complètement absurdes, puis il va tomber d'accord avec se propre déclaration et te faire dire : " Mais oui, c'est vrai, il raconte n'importe quoi ! " C'est comme ça qu'ils nous dominent.
" Les planeurs sont un constituant fondamental de l'univers et nous devons nous efforcer de les voir sous leur véritable jour - terrifiants, monstrueux. C'est par leur intermédiaire que l'univers nous met à l'épreuve.
" Nous sommes des sondes énergétiques douées de conscience, reprit-il comme s'il avait oublié ma présence, que l'univers a créées pour prendre conscience de lui-même. Les planeurs constituent pour nous un défi auquel nous ne pouvons nous soustraire. Nous ne devons pas les mésestimer. Nous devons les vaincre pour que l'univers laisse les êtres humains poursuivre leur existence. "
J'aurai voulu que don Juan m'en dise davantage, mais il se contenta d'ajouter : " Le choc , tu l'as reçu la dernière fois. On pourrait parler pendant des heures des planeurs, mais il est temps de passer à autre chose. "
(…)
Ed. du Rocher - 1998 - page 261
(…) L'obscurité s'était installée très rapidement, et le feuillage des arbres qui, un instant plus tôt, était d'un vert éclatant, paraissait à présent beaucoup plus sombre et dense. Don Juan me dit que si je regardais avec une grande attention la couleur foncée du feuillage, sans focaliser mes yeux et avec une sorte de regard en coin, je verrais une ombre fugitive traverser mon champ de vision.
" C'est le meilleur moment de la journée pour faire ce que je te demande. Il va te falloir un moment pour trouver en toi le degré d'attention nécessaire. Ne t'arrête pas avant d'avoir entrevu cette ombre noire. "
Je vis effectivement se profiler une étrange ombre noire sur le feuillage des arbres, une ombre qui partait et revenait, puis diverses ombres évanescentes se déplaçant de droite à gauche, de gauche à droite, ou s'élevant très haut en l'air. On aurait dit de gros poissons noirs, de gigantesques espadons volants. J'étais complètement absorbé par cette vision qui finit par m'effrayer. Il faisait désormais trop sombre pour voir le feuillage, mais je distinguais toujours ces ombres noires fugitives.
" Qu'est-ce que c'est, don Juan ? Je vois des ombres noires s'agiter partout.
- C'est l'univers à l'état naturel, me répondit-il, l'univers incommensurable, non linéaire, délivré du joug de notre syntaxe. Les sorciers mexicains d'autrefois furent les premiers à voir ces ombres et ils les suivirent partout. Ils les voyaient comme tu les vois, et ils les voyaient également sous forme d'énergie circulant dans l'univers. Et ils ont alors fait une incroyable découverte. "
Il se tut et me regarda. Ses pauses étaient toujours très étudiées et il savait me tenir en haleine.
" Qu'ont-ils découverts, don Juan ?
- Ils ont découvert que nous ne sommes pas seuls, me dit-il aussi clairement qu'il le put. Venu des profondeurs du cosmos, un prédateur est là, qui toute notre vie nous maintient sous son emprise. Les êtres humains sont prisonniers et ce prédateurs est notre seigneur et maître. Il étouffe toute velléité de protestation ou d'indépendance et nous empêche d'agir librement. "
L'obscurité alentour semblait réduire ma faculté d'expression. S'il avait fait jour, j'aurais éclaté de rire, mais en pleine nuit, je me sentais comme muselé, paralysé.
" Il fait nuit noire, me dit don Juan, mais si tu regardes du coin de l'œil, tu vas continuer à voir ces ombres fugitives aller et venir autour de nous. "
Il avait raison. Je pouvais toujours les voir et leurs mouvements me donnaient le tournis. Don Juan alluma la lumière, ce qui eut pour effet de tout dissiper.
" Te voilà arrivé, grâce à tes seuls efforts, à ce qui était pour les anciens chamans le " cœur du sujet ". Je tourne autour du pot depuis longtemps en te laissant entendre que quelque chose nous retient prisonniers. Nous sommes effectivement tous prisonniers ! C'était un fait énergétique pour les sorciers d'autrefois.
- Pourquoi ce prédateur exerce-t-il ce pouvoir sur nous comme vous le dites, don Juan ? Il doit y avoir une explication logique !
- Il y a une explication, me répondit don Juan, qui est extrêmement simple. Ils nous tiennent sous leur emprise parce que nous sommes leur source de subsistance. Ils ont besoin de nous pour se nourrir, et c'est pour cela qu'ils nous pressurent implacablement. Exactement comme nous qui élevons des poulets pour les manger, ils nous élèvent dans des " poulaillers " humains pour ne jamais manquer de nourriture. "
Je me sentir secouer négativement la tête. Je ne pouvais exprimer mon violent sentiment de malaise et de révolte, et mon corps s'agitait pour le faire remonter à la surface. Je tremblais de la tête aux pieds sans pouvoir me contrôler.
" Non, non, non, m'entendis-je dire. C'est absurde, don Juan ! Ce que vous dites est horrible. Cela ne peut tout simplement pas être vrai, ni pour les sorciers, ni pour des gens normaux, ni pour personne.
- Et pourquoi ? me répondit calmement don Juan. Pourquoi donc ? Parce que cela te met en fureur ?
- Oui, cela me met en fureur, répliquai-je. Ce sont des idées monstrueuses !
- Eh bien, je ne t'ai pas encore tout dit. Ecoute moi jusqu'au bout et on verra comment tu te sens. Attention, je vais t'infliger un choc ! Ton esprit va subir de terribles attaques, et tu ne pourras pas fuir, parce que tu es pris au piège ; non parce que je te retiens prisonnier, mais parce que quelque chose en toi t'empêchera de partir, même si cela te rend fou de rage. Alors, rassemble tes forces ! "
Don Juan avait raison. Je ne serais pas parti de chez lui pour un empire, et pourtant j'abominais toutes les idioties qu'il était en train de me débiter.
" Je vais faire appel à ton esprit analytique, me dit don Juan. Réfléchis un moment, et dis-moi comment tu peux expliquer la contradiction entre, d'une part, l'intelligence de l'homme sur le plan scientifique et technique et, d'autre part, la stupidité de ses systèmes de croyances ou l'incohérence de son comportement. Ce sont les prédateurs, disent les sorciers, qui nous ont imposé nos systèmes de croyance, nos idées sur le bien et le mal, nos mœurs sociales. Ce sont eux qui suscitent nos espoirs et nos attentes, nos rêves de succès ou notre peur de l'échec, eux encore qui insufflent dans notre esprit convoitise, avidité et lâcheté et qui le rendent prétentieux, routinier et égocentrique.
- Mais comment s'y prennent-ils, don Juan ? lui demandai-je, de plus en plus irrité par ses paroles. Ils nous chuchotent tout cela dans le creux de l'oreille pendant notre sommeil ?
- Non, ils ne procèdent pas aussi bêtement, me répondit don Juan en souriant. Ils sont extrêmement efficaces et organisés, et pour s'assurer de notre obéissance, de notre docilité et de notre apathie, ils ont accompli une manœuvre extraordinaire - extraordinaire, bien sûr, sur un plan stratégique, mais horrible du point de vue de ceux qui en sont victimes. Ils nous ont donné leur esprit ! Tu m'entends ? Les prédateurs ont remplacé notre esprit par le leur, qui est bizarre, incohérent, grincheux, et hanté par la peur d'être percé à jour.
" Tu n'as jamais souffert de la faim, poursuivit-il, et tu as pourtant une sorte d'angoisse à propos de la nourriture. C'est celle du prédateur qui redoute continuellement qu'on découvre son manège et lui coupe les vivres. Par le biais de l'esprit humain qui est en réalité le leur, les prédateurs nous inculquent ce qui les arrange pour améliorer leur sécurité et avoir moins peur.
- Peut-être tout cela est-il vrai, don Juan, mais si c'est le cas, il y a là quelque chose d'odieux qui me répugne et m'oblige à prendre le parti contraire. Et comment font-ils pour nous manger ? "
Don Juan me fit un large sourire. Il avait l'air de bien s'amuser. Il m'expliqua que les sorciers voyaient les nouveaux-nés et les bébés comme d'étrange boules d'énergie lumineuse, recouvertes de haut en bas d'un revêtement brillant, un peu comme si une housse en plastique enveloppait étroitement leur cocon d'énergie. C'était cette couche brillante de conscience, me dit-il, que consommaient les prédateurs. Et lorsque les êtres humains atteignaient l'âge adulte, il n'en restait qu'une étroite bande à hauteur des orteils qui permettait tout juste à l'humanité de survivre.
Comme en rêve, j'entendis don Juan me déclarer qu'à sa connaissance, l'espèce humaine était la seule à avoir cette couche brillante de conscience à l'extérieur du cocon lumineux. C'est pourquoi nous étions une proie facile pour le mode de conscience différent, plus pesant, des prédateurs.
Il me révéla alors quelque chose d'encore plus traumatisant : cette étroite bande de conscience était le siège de l'autocontemplation dans laquelle l'homme était irrémédiablement piégé. En jouant sur cette autocontemplation qui est le dernier brin de conscience qui nous reste, les prédateurs suscitaient des éclairs de conscience qu'ils dévoraient avec l'acharnement d'un rapace. Et pour les provoquer, ils nous donnaient à résoudre des problèmes idiots et se nourrissaient du flamboiement énergétique de nos pseudo-intérêts.
Il devait y avoir dans ce que disait don Juan quelque chose de si pénible et bouleversant pour moi que j'en avais des haut-le-cœur.
Après une pose suffisamment longue pour me permettre de récupérer, je demandai à don Juan : " Mais puisqu'ils voient les prédateurs, pourquoi les sorciers mexicains, anciens ou actuels, ne font-ils rien ?
- On ne peut strictement rien faire, me dit tristement don Juan d'une voix grave, hormis se discipliner au point qu'ils ne puissent nous toucher. Et comment demander à nos semblables d'affronter les rigueurs d'une telle discipline ? Ils réagiraient en riant et se moquant de nous, et les plus agressifs d'entre eux s'énerveraient et nous tabasseraient. Ce n'est pas qu'ils ne nous croiraient pas ! Il y a au tréfond de chaque être humain une connaissance ancestrale, viscérale, de l'existence des prédateurs. "
Mon esprit analytique jouait au yo-yo. Tout ce que me racontait don Juan était grotesque, absurde, et en même temps me semblait raisonnable, très simple. Toutes les contradictions humaines s'expliquaient. Mais comment prendre tout cela au sérieux ? Don Juan me poussait sur le trajet d'une avalanche qui m'emporterait à jamais.
(…) Don Juan continua à enfoncer le clou toujours plus profondément. " Les sorciers mexicains d'autrefois voyaient le prédateur. Ils l'ont appelé planeur parce qu'il jaillit de l'espace. Il n'est pas beau à voir. C'est une grande ombre, d'un noir impénétrable, qui fonce vers le sol et se pose lourdement. Ces sorciers ne savaient pas exactement quand il avait fait son apparition sur terre. Dans leur idée, l'homme avait sans doute été à une époque un être complet doué d'une conscience prodigieuse lui permettant d'accomplir d'incroyables prouesses - tous ces exploits que nous retrouvons aujourd'hui dans nos légendes mythologiques. Ces facultés semblaient par la suite avoir disparu pour donner l'être humain actuel, un être diminué, comme abruti par des sédatifs. "
J'aurai dû me mettre en colère, le traiter de paranoïaque, mais je ne sais trop pourquoi, ce genre d'indignation toujours latente chez moi m'avait quitté. Quelque chose en moi avait même dépassé ce stade où je me disais : " Et si c'était vrai ? " Face à don Juan qui me parlait cette nuit là, je sentais au plus profond de mon être que tout ce qu'il me disait était vrai, mais en même temps, avec une force égale, que tout ce qu'il me disait était complètement absurde.
" Que voulez-vous dire, don Juan ? " lui demandai-je faiblement.
" Ce que je veux dire, c'est que nous avons affaire à forte partie. C'est un prédateur très malin et bien organisé, qui procède méthodiquement pour nous neutraliser et nous empêcher d'être la créature magique que nous étions destinés à être. Nous ne sommes plus désormais qu'une source de ravitaillement et n'avons d'autres rêves que ceux d'un animal que l'on élève pour sa viande : des rêves banals, conventionnels et imbéciles. "
(…) " Ce prédateur, me dit don Juan, est évidemment un être inorganique. Mais il n'est pas pour nous complètement invisible comme le sont les autres. Je suis sûr que les enfants le voient, et devant l'horreur que leur inspire cette vision, ils préfèrent ne plus y penser. Et même s'ils cherchaient à mieux le voir, tout le monde autour d'eux les en dissuaderait. "
Description de ce qu'est un être inorganique, page 231 dudit livre : " Les vieux chamans ont découvert que l'ensemble de l'univers est constitué de deux forces jumelles opposées, mais complémentaires. Ainsi notre monde a un jumeau, un monde opposé et complémentaire peuplé par des êtres doués de conscience, mais dénués d'organisme, auxquels ils avaient donné le nom d'êtres inorganiques. (…) L'ensemble de l'univers regorge de toutes sortes de mondes où la conscience peut être organique ou inorganique. "
" La seule alternative qui reste à l'humanité, continua don Juan, est la discipline. Seule la discipline a un effet disuasif. Mais je n'entends pas par ce terme une affreuse routine où l'on saute du lit tous les jours à cinq heures du matin pour s'asperger d'eau glacée ! Pour un sorcier, la discipline est la faculté d'affronter sereinement les difficultés imprévues. Il la considère comme un art : l'art de faire face à l'infini sans broncher, non pour faire étalage de sa force, mais pour lui témoigner son admiration et son respect.
- En quoi la discipline des sorciers peut-elle avoir un effet dissuasif ?
- Les sorciers disent qu'elle rend la couche brillante de conscience inconsommable pour le planeur, me dit don Juan en scrutant mon visage comme pour y déceler un signe d'incrédulité. Il est alors perplexe. Je suppose qu'il n'a jamais entendu dire qu'une couche brillante de conscience pouvait ne pas être comestible. Et cette perplexité ne lui laisse d'autre issue que de s'abstenir de poursuivre son infâme activité.
" A partir du moment où les prédateurs ne la mangent plus, notre couche brillante de conscience se développe. En simplifiant à l'extrême, on pourrait dire que, grâce à leur discipline, les sorciers éloignent les prédateurs, ce qui permet à leur couche brillante de conscience de se reformer et de retrouver progressivement sa taille normale. Les sorciers d'autrefois la comparaient à un arbre qui atteint sa hauteur et son volume si on ne le taille pas. Et à mesure que le niveau de conscience s'élève au-dessus des pieds, de nouveaux modes de perception surgissent automatiquement.
" Les anciens sorciers avaient découvert une excellente tactique : ils tenaillaient l'esprit des planeurs par la discipline. Ils s'étaient aperçus que s'ils lui opposaient leur silence intérieur, cette implantation étrangère disparaissait, ce qui confirmait l'origine extérieure de cet esprit. L'implantation étrangère tentait évidemment de revenir, mais elle avait perdu de sa force, et un processus se mettait en marche dans lequel l'esprit des planeurs prenait la fuite de plus en plus souvent, jusqu'au jour où il disparaissait définitivement. Un triste jour, en fait, puisqu'on doit dès lors se débrouiller tout seul en ne comptant que sur ces propres ressources, qui sont pratiquement nulles. Personne n'est plus là pour nous dire que faire, aucun esprit clandestin ne nous dicte plus les idioties auxquelles nous sommes accoutumés.
" Mon maître, le nagual Julian, disait fréquemment à ses disciples que c'était le moment le plus difficile de la vie d'un sorcier, car notre véritable esprit, celui qui nous appartient en propre et se résume à notre expérience personnelle, est devenu timide, inquiet et fuyant après une vie entière d'asservissement. C'est alors, selon moi, que débute le véritable combat du sorcier. Le reste n'est que simple préparation. "
(…) " Que voulez-vous dire par tenailler l'esprit des planeurs ?
- La discipline le met au supplice, me répondit-il. C'est donc grâce à leur discipline que les sorciers peuvent se débarrasser de cette implantation étrangère. "
J'étais extrêmement troublé. Soit don Juan était bon pour l'asile, soit ce qu'il venait de me raconter était si terrifiant que mon sang se glaçait dans mes veines. Je notai cependant la vitesse à laquelle se ranima mon énergie pour tout nier en bloc. Après un instant de panique, j'éclatai de rire, comme si don Juan venait de me raconter une bonne plaisanterie. Je m'entendis même lui dire :
" Don Juan, don Juan, vous êtes incorrigible ! "
Il parut comprendre tout ce que j'éprouvais et secoua la tête, levant les yeux au ciel, comme pour feindre le désespoir.
" Je suis si incorrigible que je vais asséner à l'esprit des planeurs qui t'habite un coup supplémentaire, en te confiant l'un des sectets les plus extraordinaires de la sorcellerie. C'est la conclusion à laquelle ont abouti les sorciers, une conclusion qu'ils ont mis des milliers d'années à établir et vérifier. "
Il me sourit d'un air machiavélique. " L'esprit des planeurs s'enfuit définitivement lorsqu'un sorcier réussit à saisir la force vibratoire qui assemble les champs d'énergie qui nous constituent. S'il maintient suffisamment longtemps sa pression, l'esprit des planeurs, vaincu, bat en retraite. Et c'est exactement ce que tu vas faire : te cramponner à l'énergie qui maintient ta cohésion. "
J'eus une réaction totalement imprévisible et inexplicable. Une partie de moi était vraiment ébranlée, comme si elle avait reçu un coup. Je me sentis envahi par une terreur injustifiée que j'associai aussitôt à mon éducation religieuse.
Don Juan me regarda de la tête aux pieds.
" Tu redoutes la colère divine, non ? Sois tranquille, cette peur n'est pas la tienne. C'est celle des planeurs, car ils savent que tu vas faire exactement ce que je vais te dire. "
Ses paroles ne me rassurèrent absolument pas, et je me sentis encore plus mal. J'avais des spasmes involontaires que je ne pouvais maîtriser.
" Ne t'inquiète pas, me dit calmement don Juan. Ce genre de crise passe très rapidement. L'esprit des planeurs n'a pas la moindre force de concentration. "
Quelques instants plus tard, toutes ces manifestations disparurent comme don Juan l'avait prédit. Dire que j'étais perplexe serait un euphémisme. Pour la première fois de ma vie, seul ou avec don Juan, je ne savais plus du tout où j'en étais. Je voulais m'extraire de mon fauteuil pour faire quelques pas, mais j'étais mort de peur. La tête farcie d'affirmations rationnelles, je me sentais pourtant terrorisé comme un enfant. Je me mis à respirer profondément et tout mon corps se couvrit de sueurs froides. J'avais déchaîné en moi quelque chose d'épouvantable : des ombres noires fugitives bondissaient partout où que je tourne mon regard.
Je fermais les yeux et reposai la tête sur le bras du fauteuil. " Je ne sais plus que faire, don Juan. Vous avez vraiment réussi à me déboussoler cette nuit.
- Tu es déchiré par une lutte intérieure, me dit don Juan. Tout au fond de toi, tu sais que tu ne peux t'opposer à ce qu'une indispensable partie de toi-même, la couche brillante de conscience, serve inexplicablement à nourrir de mystérieuses entités. Et quelque chose d'autre en toi refuse de toutes ses forces cette situation.
" Ce qui est révolutionnaire dans l'attitude des sorciers, poursuivit-il, c'est qu'ils se refusent à respecter un accord auquel ils n'ont pas participé. Personne ne m'a jamais demandé si j'acceptais d'être mangé par des êtres ayant un mode de conscience différent ! Mes parents m'ont simplement mis au monde pour les ravitailler, comme cela s'était passé pour eux, et c'est tout. "
(…) Revenu chez moi, je m'aperçu que l'idée des planeurs m'obsédait chaque jour davantage, jusqu'au jour où je sentis que les conclusions de don Juan étaient irréfutables. J'avais beau m'efforcer de trouver une faille à sa logique, elle était imparable. Plus j'y réfléchissais, plus j'observais mes semblables et moi-même, plus s'intensifiait ma conviction que quelque chose nous rendait incapables de toute activité ou interaction non focalisée sur le moi. Mon seul souci, comme celui de tous ceux que je connaissais ou rencontrais, était mon moi.
" Tous les êtres humains sur terre semblent avoir exactement les mêmes réactions, les mêmes pensées, les mêmes sentiments. Ils réagissent de manière presque identique aux mêmes stimuli. Le langage qu'ils utilisent jette une sorte de voile sur leurs attitudes, mais si l'on gratte un peu, on voit bien qu'ils ne peuvent échapper à cette similitude de comportement. " Don Juan
(…) Je fis des recherches anthropologiques approfondies sur la présence d'éventuelles allusions aux planeurs dans d'autres cultures. Elles s'avérèrent totalement infructueuses. Don Juan paraissait être l'unique source d'informations à cet égard. Dès que je le vis la fois suivante, je lui reparlai immédiatement des planeurs.
" J'ai fait tout mon possible pour rester rationnel sur ce plan, mais je n'y arrive pas. Il y a des moments où je suis complètement d'accord avec vous sur les prédateurs.
- Concentre ton attention sur les ombres fugitives que tu vois vraiment ", me dit don Juan en souriant.
Je lui fit remarquer qu'elles mettaient en péril ma rationnalité. Je les voyais partout. Depuis ma dernière visite chez lui, j'étais incapable de dormir dans le noir. Garder la lumière allumée ne me gênait pas du tout, alors que s'il faisait nuit, tout se mettait à bondir autour de moi. Je ne voyais jamais de véritables formes ou silhouettes complètes, mais seulement ces fameuses ombres noires fugitives.
" L'esprit des planeurs ne t'a pas quitté, me déclara don Juan. Il a été gravement atteint et essaie à tout prix de conclure un nouvel arrangement. Mais il s'est produit en toi une sorte de rupture définitive, et le planeur le sait. Le vrai danger, c'est que l'esprit des planeurs t'ait à l'usure et te fasse abdiquer en jouant sur la contradiction entre ses affirmations et les miennes.
" L'esprit des planeurs n'a pas d'opposant, poursuivit don Juan, et lorsqu'il propose quelque chose, il acquiesce à sa propre proposition et te fait croire que tu as raison. Il va affirmer que les prétendues révélations de don Juan sont complètement absurdes, puis il va tomber d'accord avec se propre déclaration et te faire dire : " Mais oui, c'est vrai, il raconte n'importe quoi ! " C'est comme ça qu'ils nous dominent.
" Les planeurs sont un constituant fondamental de l'univers et nous devons nous efforcer de les voir sous leur véritable jour - terrifiants, monstrueux. C'est par leur intermédiaire que l'univers nous met à l'épreuve.
" Nous sommes des sondes énergétiques douées de conscience, reprit-il comme s'il avait oublié ma présence, que l'univers a créées pour prendre conscience de lui-même. Les planeurs constituent pour nous un défi auquel nous ne pouvons nous soustraire. Nous ne devons pas les mésestimer. Nous devons les vaincre pour que l'univers laisse les êtres humains poursuivre leur existence. "
J'aurai voulu que don Juan m'en dise davantage, mais il se contenta d'ajouter : " Le choc , tu l'as reçu la dernière fois. On pourrait parler pendant des heures des planeurs, mais il est temps de passer à autre chose. "
(…)
30 octobre 2009
Pensées variées - 2
Libellés :
Etats d'âme
Léger flip hier après-midi, la nuit tombait peu à peu et je passais mon temps à aider ma chère et tendre à plier du linge qu'elle allait vendre à la Poste, dans la cuisine, avec la télé en fond sonore. Je me suis soudain demandé si toute ma vie future allait ressembler à ça, et j'ai du me lever pour me servir un Coca et souffler un peu, faire marcher mon cerveau. Et je me suis consolé en me disant qu'il pouvait très bien y avoir une guerre demain, ou un changement majeur quelconque, ou peut-être que j'allais mourir, ou elle, ou qu'on allait se séparer, ou qu'on allait gagner au Loto, ou partir au Canada, au Maroc ou au Japon, ou simplement continuer comme ça, mais sans que ça génère aucune angoisse. L'avenir est inconnu, pour la simple raison qu'il n'existe pas encore, et se faire du soucis pour plus tard n'a aucun sens. Seul le présent est réel. Tout le reste n'est qu'un puits de souvenirs ou d'anticipations dans lequel on doit puiser pour trouver son bonheur, et rien d'autre. Voilà qui m'a calmé. J'ai reposé mon cul sur la chaise, continué à plier en regardant un truc sur l'Iran et l'Ouzbekistan sur la Cinq, et finalement c'était très bien.
*
Je me demande pourquoi j'ai attendu quinze ans pour continuer à faire ce que je faisais si bien, et avec une volupté inracontable, adolescent : m'assoir devant du papier et inventer un monde, sans me demander outre-mesure ce que j'allais en faire. Pur plaisir d'imaginer, de bâtir. Refuge mental, aussi. En surfant un peu sur les pages parlant de jeux vidéos, de réalité virtuelle, d'eXistenZ, etc, je suis tombé sur l'extrait d'un manifeste qui affirme ou rappelle cette vérité pourtant simple, que le jeu vidéo marie tous les arts, sans perdre son identité première de jeu. Et qu'il ne coupe pas de la réalité, mais l'enrichit - car c'est la "vie quotidienne" qui est coupée de la réalité, des réalités premières de la vie et de l'Etre. D'où la réflexion que je me suis faite, que le prétendu "Art Contemporain" était vraiment, définitivement, sans appel, de la merde et de l'imposture en barre ; le seul art qui fasse la synthèse de tous les autres, le seul art qui implique le "spectateur" à 100% , le seul art qui fasse totalement partie de la vie, c'est le jeu vidéo.
*
Habituelle nausée en lisant les actualités, la France s'enfonce jour après jour, semaine après semaine, dans une guerre civile larvée, de tous contre tous. Des connards de casseurs gauchistes à Poitiers, qui détruisent pour je ne sais quelle lutte contre le "capital" des boutiques que certains mettent une vie à acquérir - des racailles, pour rester polis, qui attaquent les chars de la Techno Parade - des lycéens qui se font casser la gueule par dizaine à la sortie de leur lycée, par des bandes de " jeunes " qui sèment la terreur - des coups de feu en plein centre-ville, un peu partout, pour le contrôle de la drogue. La Brooklyn-isation de la France dans son ensemble... La seule véritable question, le seul véritable suspens, étant la réaction de la population le jour où la masse critique aura été atteinte - et dieu sait qu'apparemment on peut exploser l'anus du Français pendant des éternités avant qu'il n'ose dire "ça picotte". Pogroms, dictature, ou "vivrensemble" et dhimmitude ? J'ai tendance à penser, et avec une forme de plaisir maso, que nous allons juste continuer à nous en prendre plein la gueule, et à la fermer. L'avenir ne s'annonce ni républicain ni pacifique pour les pauvres cons de français, en tous cas. Et c'est bien fait. Même pour moi. Je suis aussi lâche et attentiste que les autres. Ne jamais vouloir se soustraire des punitions collectives.
*
Je me demande pourquoi j'ai attendu quinze ans pour continuer à faire ce que je faisais si bien, et avec une volupté inracontable, adolescent : m'assoir devant du papier et inventer un monde, sans me demander outre-mesure ce que j'allais en faire. Pur plaisir d'imaginer, de bâtir. Refuge mental, aussi. En surfant un peu sur les pages parlant de jeux vidéos, de réalité virtuelle, d'eXistenZ, etc, je suis tombé sur l'extrait d'un manifeste qui affirme ou rappelle cette vérité pourtant simple, que le jeu vidéo marie tous les arts, sans perdre son identité première de jeu. Et qu'il ne coupe pas de la réalité, mais l'enrichit - car c'est la "vie quotidienne" qui est coupée de la réalité, des réalités premières de la vie et de l'Etre. D'où la réflexion que je me suis faite, que le prétendu "Art Contemporain" était vraiment, définitivement, sans appel, de la merde et de l'imposture en barre ; le seul art qui fasse la synthèse de tous les autres, le seul art qui implique le "spectateur" à 100% , le seul art qui fasse totalement partie de la vie, c'est le jeu vidéo.
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Habituelle nausée en lisant les actualités, la France s'enfonce jour après jour, semaine après semaine, dans une guerre civile larvée, de tous contre tous. Des connards de casseurs gauchistes à Poitiers, qui détruisent pour je ne sais quelle lutte contre le "capital" des boutiques que certains mettent une vie à acquérir - des racailles, pour rester polis, qui attaquent les chars de la Techno Parade - des lycéens qui se font casser la gueule par dizaine à la sortie de leur lycée, par des bandes de " jeunes " qui sèment la terreur - des coups de feu en plein centre-ville, un peu partout, pour le contrôle de la drogue. La Brooklyn-isation de la France dans son ensemble... La seule véritable question, le seul véritable suspens, étant la réaction de la population le jour où la masse critique aura été atteinte - et dieu sait qu'apparemment on peut exploser l'anus du Français pendant des éternités avant qu'il n'ose dire "ça picotte". Pogroms, dictature, ou "vivrensemble" et dhimmitude ? J'ai tendance à penser, et avec une forme de plaisir maso, que nous allons juste continuer à nous en prendre plein la gueule, et à la fermer. L'avenir ne s'annonce ni républicain ni pacifique pour les pauvres cons de français, en tous cas. Et c'est bien fait. Même pour moi. Je suis aussi lâche et attentiste que les autres. Ne jamais vouloir se soustraire des punitions collectives.
29 octobre 2009
The Zero Game Manifesto
Libellés :
Art,
Conditions de vie,
Futur,
Mondes virtuels
En dehors des niaiseries du genre Capitalisme écrit un K, pour faire plus peur, je suppose, et des raisonnements du genre capitalisme=fascisme, ce manifeste comporte quelques idées tout à fait intéressantes. Et il est vrai, et trop peu reconnu, voire pas reconnu du tout, que le jeu vidéo marie tous les arts, sans perdre son identité première de jeu. Et qu'il ne coupe pas de la réalité, mais l'enrichit - car c'est la "vie quotidienne" qui est coupée de la réalité, des réalités premières de la vie et de l'Etre. D'où la réflexion que l'on peut se faire, que le prétendu "Art Contemporain" est vraiment, définitivement, sans appel, de la merde et de l'imposture en barre ; et que le seul art qui fasse la synthèse de tous les autres, le seul art qui implique le "spectateur" à 100% , le seul art qui fasse totalement partie de la vie, le seul "Art Contemporain" selon les critères même de "l'Art Contemporain", c'est le jeu vidéo.
Part I - Critique
· Games are not entertainment, since we reject the concept of entertainment. Entertainment is a concept created by the power structures of Kapital to denigrate activities that do not immediately function in the production of surplus value.
· Entertainment as a product is a reappropriation of paraeconomic activity by structures of Kapital, denigrated ideologically, and harnessed economically.
· The playing of games is an activity that poses a serious threat to all established power structures defended and supported by religions and ideologies.
· Kapitalist games are a reflection of the ideological basis of Kapitalist production. This is the trade in death in the name of genetic supremacy. Competition is the shadow of supremacism. Warfare is the natural process of fascism. A player of a Kapitalist Game plays at being the Primal Kapitalist, a creature driven by the reptilian brain.
Part II - The Nature of The Game
· Current concepts of the Game must be rejected and superseded by a vision of Games serving the higher potential of humanity, a form that is equitable, authentic, and validated as a core human process. Here we present such a vision.
· There are no virtual realities, but many different realities. Some of those realities exist within information spaces supported and articulated with the use of computational technology.
· The active nature of the Game holds a unique potential for exploring new modes of being. The active nature of the Game also supports subversive modes of thinking more directly serving creative and fulfilling purposes.
· The Game must be a subversive activity facilitated by ritual and aimed at releasing human awareness from established constraints. Those constraints are ideological, economic, cultural, historical, artistic, and physical.
· Game play is based upon understanding, implicitly or explicitly, some subset of a set of Game rules. The playing experience is then one of developing a gestalt, a pattern of cognitive and physical activity that supports movement through the game experience. The function of a gameplay gestalt is to facilitate entry into a state of consciousness typically different from states experienced outside the gameplay context. In this way, a gameplay gestalt is analogous to a mantra, chant, or ritual. It can deliver us into new ways of being, which can be like a dance, meditation, or possession.
· The Game is the ultimate piece of art, capable of incorporating all forms of art and expression known to humanity, expressed using all forms of technology, from the ancient to the bleeding edge, without compromising its identity as a game. This in itself proves gaming to be the lost pre-Appolonian Ur-art .
· The making of a game is a process of great beauty, representatives from different artforms and technology working together (exposed) to make a piece that is finally completed by the Player.
· By treating something as a Game we will be attuned to its magical dimension, and by playing it, we manipulate it by means of ritual magic.
· The Game is the Great Work.
Part III - Praxis
· Our games will not be dictated by the market.
· Our games will perform and extend various functions of art, representing an evolutionary step in generic artistic function, and a revolutionary step in the creation of unique forms and potential.
· We will cross boundaries and dissolve structures, in a continuous and ongoing process of destruction and reformation into new orders. Revolutionary practice is not teleological, leading to any kind of utopian goal. Instead, it is the essential core process of life. It is the defining character of life, a continuous process of patterning and repatterning at the phase boundary between static structure and chemical change.
· We will introduce gameplay as a virus into the concept of story.
· We will use and reuse the shadow ideologies of history as a catalyst for new visions.
· We will not be limited to articulations within a dogmatic language.
· We are architects of the third place.
· We will celebrate the universal dialectic of the binary code.
· We will be shamans of the posthuman age.
· We will walk the path of the trickster.
Part I - Critique
· Games are not entertainment, since we reject the concept of entertainment. Entertainment is a concept created by the power structures of Kapital to denigrate activities that do not immediately function in the production of surplus value.
· Entertainment as a product is a reappropriation of paraeconomic activity by structures of Kapital, denigrated ideologically, and harnessed economically.
· The playing of games is an activity that poses a serious threat to all established power structures defended and supported by religions and ideologies.
· Kapitalist games are a reflection of the ideological basis of Kapitalist production. This is the trade in death in the name of genetic supremacy. Competition is the shadow of supremacism. Warfare is the natural process of fascism. A player of a Kapitalist Game plays at being the Primal Kapitalist, a creature driven by the reptilian brain.
Part II - The Nature of The Game
· Current concepts of the Game must be rejected and superseded by a vision of Games serving the higher potential of humanity, a form that is equitable, authentic, and validated as a core human process. Here we present such a vision.
· There are no virtual realities, but many different realities. Some of those realities exist within information spaces supported and articulated with the use of computational technology.
· The active nature of the Game holds a unique potential for exploring new modes of being. The active nature of the Game also supports subversive modes of thinking more directly serving creative and fulfilling purposes.
· The Game must be a subversive activity facilitated by ritual and aimed at releasing human awareness from established constraints. Those constraints are ideological, economic, cultural, historical, artistic, and physical.
· Game play is based upon understanding, implicitly or explicitly, some subset of a set of Game rules. The playing experience is then one of developing a gestalt, a pattern of cognitive and physical activity that supports movement through the game experience. The function of a gameplay gestalt is to facilitate entry into a state of consciousness typically different from states experienced outside the gameplay context. In this way, a gameplay gestalt is analogous to a mantra, chant, or ritual. It can deliver us into new ways of being, which can be like a dance, meditation, or possession.
· The Game is the ultimate piece of art, capable of incorporating all forms of art and expression known to humanity, expressed using all forms of technology, from the ancient to the bleeding edge, without compromising its identity as a game. This in itself proves gaming to be the lost pre-Appolonian Ur-art .
· The making of a game is a process of great beauty, representatives from different artforms and technology working together (exposed) to make a piece that is finally completed by the Player.
· By treating something as a Game we will be attuned to its magical dimension, and by playing it, we manipulate it by means of ritual magic.
· The Game is the Great Work.
Part III - Praxis
· Our games will not be dictated by the market.
· Our games will perform and extend various functions of art, representing an evolutionary step in generic artistic function, and a revolutionary step in the creation of unique forms and potential.
· We will cross boundaries and dissolve structures, in a continuous and ongoing process of destruction and reformation into new orders. Revolutionary practice is not teleological, leading to any kind of utopian goal. Instead, it is the essential core process of life. It is the defining character of life, a continuous process of patterning and repatterning at the phase boundary between static structure and chemical change.
· We will introduce gameplay as a virus into the concept of story.
· We will use and reuse the shadow ideologies of history as a catalyst for new visions.
· We will not be limited to articulations within a dogmatic language.
· We are architects of the third place.
· We will celebrate the universal dialectic of the binary code.
· We will be shamans of the posthuman age.
· We will walk the path of the trickster.
02 octobre 2009
29 septembre 2009
"Le Néant, c'est à dire quelque chose de trop"
" Si l'homme libre sait qu'il va mourir, il vit souverainement et n'a pas la vilenie de faire de sa vie une méditation de la mort. Celle-ci n'est qu'une rencontre, la dernière, mais elle est externe à l'essence de la singularité que nous sommes. C'est cela la "grande identité Nietzsche-Spinoza" invoquée par Deleuze : "nous sentons et nous expérimentons que nous sommes éternels". Au contraire, la caractéristique des nihilismes, c'est d'halluciner la mort comme interne et essentielle. Ces métaphysiques sont masques d'impuissance et adéquates à la faiblesse d'une vie épuisée. Oui, la lâcheté est de tenir le néant pour quelque chose ; il n'est qu'une idée, celle de l'être doublée de sa négation. C'est par un tour semblable que, du fait qu' "on meurt", on voudrait tirer la pompeuse instance de la mort. Comme disent les Stoïciens, la mort n'est rien pour nous, car quand je suis, elle n'est pas, et quand elle paraît, je ne suis plus. Tragédie ? Non, pathos sans fondement. Le véritable sens du tragique est lié à la singularité, à l'unicité, à l' "idiotie" d' "une vie". Or le nihilisme, qui inverse l'antériorité de l'être sur le langage ( le plus plat des sophismes), opère, comme dirait Rosset, la duplication du réel. Oui, pour Nietzsche on assiste là à la constitution d'arrière-mondes ; néant et mort sont comme des excitants, de vulgaires "spiritueux". En effet, la vie est injugeable et n'a d'ailleurs pas à être jugée ; elle ne se mesure qu'à elle-même, certainement pas au néant ni à la mort qui ne sont que flatus vocis, c'est-à-dire ni être ni devenir. "
Anaximandrake
Anaximandrake
25 septembre 2009
Cauchemar souriant
Libellés :
Conditions de vie,
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Nouvelles du monde
Après le projet de fichage de plus de 11 millions de britanniques (soit un sur 6, afin de vérifier s’ils ne pourraient pas, éventuellement, faire du mal aux petits enfants), la jeune femme fichée à vie, puis incarcérée pour… une fellation librement consentie (et en attendant de savoir si elle sera condamnée à 10 ou 30 ans de prison), voici venir les parents accusés de pédo-pornographie pour avoir… pris des photos de leurs fillettes, dans leur bain.A l’automne dernier, les époux Demaree déposaient la carte mémoire de leur appareil photo dans un magasin Wal Mart, en Arizona. Jusque là, tout va bien.
S’y trouvaient 144 photographies de famille, où l’on voyait leurs trois petites filles (de 18 mois, 4 et 5 ans) batifoler en toutes libertés.
S’y trouvaient également 8 photos où elles apparaissaient, partiellement nues, dans leur bain.
Vous devinez la suite ? Attendez.
Un employé zélé, persuadé d’avoir affaire à de dangereux pédo-pornographes, contacte la police, qui estime, dans un rapport, que “la petite fille semble poser de manière provocante“.
Les photos seront même qualifiées de “érotisme pédophile” relevant de l’”exploitation sexuelle“.
Logiquement, les trois fillettes ont été retirées (en pleurs, bien évidement) à leurs parents, le temps d’enquêter sur les moeurs coupables des Demaree.
Et comme de bien entendu, les enquêteurs, après avoir fouillé leur maison, ont trouvé 20 autres photos et vidéos où les fillettes jouaient toutes nues.
Les parents Demaree, avec leur avocatLa maman a perdu son boulot (forcément : elle était éducatrice dans une école…), et les deux parents ont été fichés au registre des délinquants sexuels.
Non contents de devoir se défendre de telles accusations envers leurs familles, amis, voisins et relations, ils ont aussi dû dépenser 75 000$ en frais de justice.
Tout ça pour quoi ? Pour rien. Un mois plus tard, leurs enfants leur ont finalement été rendus et, au bout d’un an d’instruction, l’accusation n’a finalement pas été retenue.
Quel couple de parents pédophiles serait assez débile pour aller faire développer des photographies à caractère pédo-pornographique de leurs propres enfants dans le supermarché du coin ? A moins que la débilité, la concupiscence, l’hystérie ou la paranoïa ne réside dans le regard de ceux qui ont qualifié ces photos de pédo-pornographiques…
Comme le souligne Lisa Demaree, le plus effrayant, c’est de voir que “la photo la plus innocente qui soit de vos enfants peut, sous le regard de quelqu’un d’autre, être perçue comme quelque chose de profondément pervers“…
Dites : vous n’auriez pas, par hasard, de contenu à caractère pédo-pornographique dans vos appareils photos, caméras vidéo, disques durs, cassettes VHS, CD ou DVD…? Vous en êtes sûrs ? Vraiment ?
Photo des fillettes Demaree fournie par l’avocat de leurs parents. Via The Mommy Files, le blog des mamans du San Francisco Chronicle, et The Arizona Republic.
Pas mal, hein ?
Vous en voulez encore ?
Présomption de pédophilie
En vertu de la présomption d’innocence, on ne fiche que les coupables, voire les suspects. La Grande-Bretagne a décidé d’innover, et de ficher un Britannique sur six, afin de croiser leurs antécédents judiciaires avec leurs modes de vie et relations actuelles, pour jauger de leur bonne moralité. Une forme de présomption de culpabilité.
Holly Wells and Jessica ChapmanL’idée de ce fichier, le plus important de ce type dans le monde, est né suite au meurtre en 2002, de Holly Wells et Jessica Chapman, deux fillettes tuées par le concierge de leur école, Ian Huntley, pourtant connu des services de police (mais jamais condamné) pour des affaires de violence sexuelle sur des adolescentes.
Suite à l’adoption d’une nouvelle loi sur la protection des données personnelles, la police avait en effet détruit les dossiers jugés les plus anciens… dont le sien.
Devant le scandale, les autorités ont décidé de vérifier les antécédents de tout adulte entrant en contact, de manière régulière, avec des enfants, ainsi qu’avec les personnes âgées ou vulnérables (SDF, handicapés, prisonniers, etc.).
Payer pour être fiché
Enseignants, infirmières, dentistes, pharmaciens, entraîneurs sportifs, gardiens de prison, chefs scout, parents faisant du soutien ou accompagnant leurs enfants lors des sorties scolaires… le gouvernement britannique estime que 11,3 des 58 millions de Britanniques seront concernés.
En Grande-Bretagne, l’affaire fait scandale, et même le Daily Telegraph, principal quotidien britannique connu pour ses positions conservatrices et donc peu suspect de droit-de-l’hommisme, s’étonne de la démesure, et des travers, de ce fichage.
A compter du 12 octobre prochain, les personnes concernées devront en effet payer pour être fichées, et débourser la modique somme de 64£ (73€) pour entrer dans la base de données de l’Independent Safeguarding Authority (ISA), chargée de leur délivrer (ou pas) un agrément.
Objectif : vérifier leurs antécédents judiciaires, mais aussi leur modes de vie, relations et croyances.

Les 200 employés de l’ISA seront ainsi autorisées à aller vérifier ce que les postulants ont pu laisser comme traces compromettantes sur l’internet, Facebook, les blogs, forums, etc., mais aussi à tenir compte de toute information émanant d’anciens employeurs, de collègues, ou… de membres du public, et ce, même s’il s’agit de “témoignage pas spécifiquement relié à aucun évènement particulier” (sic).
Le fait de souffrir de “solitude émotionnelle sévère“, d’avoir des “liens avec des asociaux“, un mode de vie “impulsif, chaotique ou instable” ou bien encore d’avoir “recours à des substances ou au sexe pour faire face au stress” est également sujet à caution.
Si deux critères au moins sont positifs, la personne disposera de 8 semaines pour faire appel, avant d’être interdites d’entrer en contact régulier avec enfants et “personnes vulnérables“.
On a ainsi vu un enseignant être black-listé par les autorités parce qu’un voisin l’avait vu déambuler nu… chez lui, par la fenêtre (voir Le sexting, c’est (nor)mal).
680 fichées à tort il y a 2 ans, 1580 l’an passé
Ceux qui refusent de se ficher risqueront jusqu’à 5 000 £ (5721€) d’amendes, ceux qui, interdits d’entrer en contact avec des enfants, le feraient néanmoins, risqueront 5 ans de prison, et leurs employeurs 6 mois.
Bonnes nouvelles : les bénévoles n’auront pas à payer pour être fichés, et, devant la bronca des employés du spectacle, les artistes ou auteurs venant occasionnellement parler dans les écoles, ou y organiser des ateliers, ne devraient pas être concernés.

Le Criminal Records Bureau (CRB), mis en place en 2002, se contentait jusque là de vérifier les antécédents judiciaires des postulants. Les fichiers de 3,9 millions de personnes ont ainsi été passés au crible.
Il y a deux ans, 680 avaient été fichés, à tort, comme criminelles.
L’année dernier, le chiffre a doublé, passant à 1570. Mais pas de quoi fouetter un chat à en croire le ministère de l’intérieur britannique, le taux d’erreur n’étant que de 0,04%, et que 90% des erreurs auraient été résolues en 21 jours.
De même, l’ISA a certes connu un incident de sécurité lorsqu’un email contenant des informations confidentielles a été envoyé à une adresse email incorrecte, mais cela n’a représenté “aucun risque” (sic).
Envoyer des fichiers policiers par mail, quelle idée…
25 000 personnes sont aujourd’hui interdites de travailler en relation avec des enfants. Le gouvernement estime que 45 000 personnes seront à terme concernés.
’avais déjà eu l’occasion d’évoquer les travers du fichage des délinquants sexuels (cf Fichée à vie pour une fellation librement consentie), mais ce fichage ne concernait que les personnes condamnées (à tort ou à raison).
Avec ISA, les autorités britanniques montent d’un cran, fichant les innocents afin d’y déceler des éléments laissant entendre qu’ils pourraient éventuellement passer à l’acte, et incitant ses employés à chercher la petite bête, et examiner les délations.
Bref, un fichier de présomption de culpabilité où il revient au fiché de payé pour être considéré comme suspect, puis de démontrer son innocence si l’ISA (à tort ou à raison) décide de le ou la “black-lister“.
TF1 y a consacré un reportage dans son JT du 12 septembre, où l’on voit aussi un responsable de la police britannique proposer de profiter de ce fichage pour prélever les empreintes ADN de tous les fichés…
24 septembre 2009
Une seule corneille pourrait détruire le ciel
Libellés :
Littérature
Méditations sur le péché, la souffrance, l'espoir et le vrai chemin
(extraits)
1 - Le vrai chemin passe par une corde qui n'est pas tendue en l'air, mais presque au ras du sol. Elle paraît plus destinée à faire trébucher qu'à être parcourue.
2 - Toutes les fautes humaines sont impatience, une rupture prématurée du méthodique, la pose apparente d'une clôture autour de la chose apparente.
3 - Il y a deux péchés capitaux humains d'où tous les autres dérivent : l'impatience et la paresse. Ils ont été chassés du Paradis à cause de leur impatience, ils n'y rentrent pas à cause de leur paresse. Mais peut-être n'y a-t-il qu'un péché capital : l'impatience. Ils ont été chassés à cause de leur impatience, à cause de leur impatience ils ne rentrent pas.
4 - Nombreuses sont les ombres des défunts qui s'emploient uniquement à lécher les flots du fleuve de la mort, parce qu'il vient de chez nous et qu'il a encore le goût de sel de nos océans. Le fleuve se soulève de dégoût, se met à couler à rebours et rejette les morts dans la vie. Eux cependant sont heureux, ils chantent des actions de grâce et caressent le révolté.
13 - Le premier signe d'un début de connaissance est le désir de mourir. Cette vie paraît insupportable, une autre, inaccessible. On n'a plus honte de vouloir mourir; on demande à quitter la vieille cellule que l'on hait pour être transféré dans une cellule nouvelle que l'on apprendra à haïr. Un reste de foi continue en même temps à vous faire croire que, pendant le transfert, le maître passera par hasard dans le couloir, regardera le prisonnier et dira : "Celui-là, vous ne le remettrez pas en prison, il viendra chez moi".
16 - Une cage allait à la recherche d'un oiseau.
20 - Des léopards font irruption dans le temple et boivent le contenu des vases sacrés; cela se répète continuellement; pour finir on peut le calculer d'avance et cela devient une part de la cérémonie.
25 - Comment peut-on se réjouir du monde à moins de se réfugier en lui ?
26 - Les cachettes sont innombrables, la délivrance, unique, en revanche il y a autant de possibilités de délivrances que de cachettes.
* - La bête arrache le fouet au maître et se fouette elle-même pour devenir maître, et ne sait pas que ce n'est là qu'un fantasme produit par un nouveau nœud dans la lanière du maître.
32 - Les corneilles prétendent qu'une seule corneille pourrait détruire le ciel. C'est incontestable, mais cela ne prouve rien contre le ciel, car ciel signifie justement : impossibilité des corneilles.
44 - Tu t'es ridiculement harnaché pour ce monde.
48 - Croire au progrès ne veut pas dire croire qu'un progrès s'est déjà produit. Cela ne serait pas une croyance.
52 - Dans le combat entre toi et le monde, seconde le monde.
Franz Kafka, in "Cahiers posthumes", vers 1918
(extraits)
1 - Le vrai chemin passe par une corde qui n'est pas tendue en l'air, mais presque au ras du sol. Elle paraît plus destinée à faire trébucher qu'à être parcourue.
2 - Toutes les fautes humaines sont impatience, une rupture prématurée du méthodique, la pose apparente d'une clôture autour de la chose apparente.
3 - Il y a deux péchés capitaux humains d'où tous les autres dérivent : l'impatience et la paresse. Ils ont été chassés du Paradis à cause de leur impatience, ils n'y rentrent pas à cause de leur paresse. Mais peut-être n'y a-t-il qu'un péché capital : l'impatience. Ils ont été chassés à cause de leur impatience, à cause de leur impatience ils ne rentrent pas.
4 - Nombreuses sont les ombres des défunts qui s'emploient uniquement à lécher les flots du fleuve de la mort, parce qu'il vient de chez nous et qu'il a encore le goût de sel de nos océans. Le fleuve se soulève de dégoût, se met à couler à rebours et rejette les morts dans la vie. Eux cependant sont heureux, ils chantent des actions de grâce et caressent le révolté.
13 - Le premier signe d'un début de connaissance est le désir de mourir. Cette vie paraît insupportable, une autre, inaccessible. On n'a plus honte de vouloir mourir; on demande à quitter la vieille cellule que l'on hait pour être transféré dans une cellule nouvelle que l'on apprendra à haïr. Un reste de foi continue en même temps à vous faire croire que, pendant le transfert, le maître passera par hasard dans le couloir, regardera le prisonnier et dira : "Celui-là, vous ne le remettrez pas en prison, il viendra chez moi".
16 - Une cage allait à la recherche d'un oiseau.
20 - Des léopards font irruption dans le temple et boivent le contenu des vases sacrés; cela se répète continuellement; pour finir on peut le calculer d'avance et cela devient une part de la cérémonie.
25 - Comment peut-on se réjouir du monde à moins de se réfugier en lui ?
26 - Les cachettes sont innombrables, la délivrance, unique, en revanche il y a autant de possibilités de délivrances que de cachettes.
* - La bête arrache le fouet au maître et se fouette elle-même pour devenir maître, et ne sait pas que ce n'est là qu'un fantasme produit par un nouveau nœud dans la lanière du maître.
32 - Les corneilles prétendent qu'une seule corneille pourrait détruire le ciel. C'est incontestable, mais cela ne prouve rien contre le ciel, car ciel signifie justement : impossibilité des corneilles.
44 - Tu t'es ridiculement harnaché pour ce monde.
48 - Croire au progrès ne veut pas dire croire qu'un progrès s'est déjà produit. Cela ne serait pas une croyance.
52 - Dans le combat entre toi et le monde, seconde le monde.
Franz Kafka, in "Cahiers posthumes", vers 1918
Pensées variées
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Etats d'âme
Le monolithe de « 2001 » n’est jamais expliqué et c’est pour cela qu’il est fascinant. Mieux : il est fascinant parce que chacun comprend confusément qu’il est chargé de sens TOUT EN EN AYANT PAS.
Nous devons parsemer la planète et l’univers entier de nos monolithes.
*
Rêver.
Inventer des plans de villes fictives, des pays fictifs.
*
Il y a des jours où tout m’émeut, chaque lecture, chaque image, chaque souvenir – ils me renvoient à d’autres lectures, d’autres images et souvenirs, d’enfance, pour la plupart. J’ai l’impression d’avoir passé mon enfance dans des mondes parallèles.
Se promener dans des villes qui n’existent pas.
Passer son enfance dans des mondes imaginaires, innombrables, et être aujourd’hui exilé dans l’univers le plus gris, le plus banal, le plus triste.
Il y a des jours où cet « exil » est insupportable, presque physiquement – un nœud au ventre, le besoin de m’évader, de passer de monde en monde, de voir du neuf, de l’inconnu, d’être moi-même neuf, moi-même un inconnu dans des mondes à découvrir, où me perdre.
Ce qui est insupportable dans ces moments-là, c’est de ne pas avoir tous les livres devant soi, ouverts, consultables, assimilables, de ne pas avoir tous les films à portée de main, de ne pas pouvoir s’absorber dans leurs images, leurs musiques – l’insupportable au fond c’est d’avoir un corps, de ne pas être un pur esprit, un pur regard, une conscience qui zappe d’un monde à l’autre, hors de toute notion d’espace et de temps, de lenteur, de lourdeur. La simultanéité. L’ubiquité.
*
(Etonnant, le poids qu’a pu avoir une machine et des programmes sur la formation de mon imaginaire, de mes archétypes mentaux fondamentaux, de mes fantasmes, de mon paysage mental – presque de ma vue, car il n’est pas rare que j’imagine des paysages ou des personnages en mode 0, 1 ou 2, avec les couleurs, la pixellisation typiques de l’Amstrad CPC.)
*
La sieste est un acte hautement militant, spirituel et aussi efficace que simple à mettre en œuvre.
La sieste ne consiste pas à simplement dormir après un bon repas ou l’amour, d’ailleurs il ne faudrait pas qualifier cela de siestes, mais de périodes d’abrutissement. La sieste consiste en réalité à se retirer du monde – lui tourner le dos, avec mépris, ou simplement avec lassitude. Et à se quitter soi-même. Pure joie de la non-présence. Béatitude.
*
Personne ne demande à naître.
On ne peut donc pas exiger de quelqu’un qu’il « gagne » sa vie, puisqu’il la subit avant tout. L’individu n’a, dans l'absolu, aucune espèce de devoir moral envers ses congénères, pas plus qu’il ne jouit du moindre droit que les autres devraient respecter. Continuer à vivre est son seul droit naturel, le premier de tous, et le seul véritable. L’individu a donc le droit : Soit de mettre en œuvre absolument tout ce qu’il veut et peut pour continuer à vivre et assurer sa subsistance, sans aucune restriction morale, y compris le meurtre, l'esclavage et le vol. Soit, au cas où sa liberté se voit restreinte par la loi (c'est à dire dans TOUS les cas où il vit en société) de voir sa subsistance assurée le cas échéant, à titre de compensation, par une entité extérieure à lui (et en dernier lieu l’Etat). Pour exister en tant qu'espèce, l'Humanité a du se constituer en société. La vie en société, et les restrictions de liberté qui en découlent sont donc souhaitables - tout comme est alors indiscutable, inséparable de la vie en société, le fait que l'Etat ait pour premier devoir d'assurer la survie de chacun de ses sujets.
*
Personne ne demande à naître.
Il est impossible de prouver que l'existence est préférable au néant - la question n'a même pas le moindre sens. Néanmoins elle implique que la vie n'a pas être considérée comme un "don". Elle est un fait.
L'individu n'a pas de devoir envers l'espèce humaine, encore moins devant la "race" ou le monde. Il n'est pas responsable de l'avenir et n'a pas le devoir de le construire.
L'être humain en tant qu'espèce n'a aucun devoir envers la planète et les autres espèces. Les dominer et les détruire, éventuellement, tout comme se détruire lui-même, consciemment et volontairement, font partie de ses droits.
*
Qu’est-ce que la Patrie ?
La Patrie est l’endroit où l’on a grandi – peu importe jusqu’à quel âge. C’est le lieu des souvenirs, des expériences déterminantes, c’est le paysage mental qui nous accompagne ; qui nous hante.
La Patrie, et les sentiments qu’on y rattache, dépendent du paysage et de la nature qui nous entourent, ainsi que de notre langue, nos coutumes, nos valeurs, nos cultes, nos apparences physiques.
L’amour de la Patrie est un sentiment forcément individuel, intime, secret ; et c’est toujours un déchirement car le travail historique détruit inévitablement ce qui a fait la "patrie" d'un individu. Cette nostalgie ne peut en rien devenir une valeur ou un principe politique.
Le Patriotisme ne peut être que collectif. Et parce qu’il est collectif, il est abstrait, idéologique, mensonger.
*
Face aux propagandes innombrables et permanentes à l'oeuvre dans les médias et le monde politique, et face la masse gigantesque d'information inutile et parasitaire, ne rien savoir est une forme de résistance ; l'inculture, un refuge. Le refus de la réflexion, du débat, de la recherche de vérité, les conditions du retour à des émotions et des idées simples, humaines, raisonnables, et aux priorités réelles et éternelles de la vie.
*
L’idée difficile, désagréable, humiliante, qu’on ne sera jamais vraiment un adulte. Qu’on sera à jamais un ado attardé ne vivant au fond que pour ses « délires », ses rêves, ses petites préoccupations – sans aucun pouvoir ni moyen d’action sur quoi que ce soit, sans poids historique, sans rôle réel dans la société, sans aventure, sans rien. Quantité négligeable. Prolétaire absolu, mais heureux puisque dans son « trip », même un ado : un enfant.
Idée encore plus déprimante, celle que les adultes n’existe de toutes façons pas, ou plus : que la plupart des « adultes » actuels, ceux qui ne sont pas de volontaires ados attardés, mènent des vies mornes à crever, et font passer pour de la maturité et du sérieux ce qui n’est qu’une absence de rêves, de désirs, d’imagination, d’amour, d’humour, de curiosité.
Qu’est-ce qu’être adulte ? Qui sont les adultes, où sont-ils ? Comment le devenir, le monde permet-il encore de le devenir ? Pourquoi le devenir ? Pourquoi ne pas le devenir ?
Etre adulte c’est avoir du pouvoir. Et les droits et les devoirs qui vont avec.
C’est agir dans le monde, et que ses actions aient un poids sur la vie des autres, sur la Cité, sur l’Histoire.
Autant dire que nous sommes absolument exilés de cette condition-là, nous sommes des débiles de « l’adultéité ».
*
Il y a une jouissance à n'avoir aucun humour - ou à le feindre.
*
Il y a un moment dans la vie où l'on PEUT raconter certains souvenirs en quelques lignes, au lieu de quelques dizaines ou centaines de page, comme on l'aurait fait auparavant, sans éprouver le sentiment de n'en avoir pas assez dit.
Ce moment n'apporte ni soulagement ni tristesse.
Nous devons parsemer la planète et l’univers entier de nos monolithes.
*
Rêver.
Inventer des plans de villes fictives, des pays fictifs.
*
Il y a des jours où tout m’émeut, chaque lecture, chaque image, chaque souvenir – ils me renvoient à d’autres lectures, d’autres images et souvenirs, d’enfance, pour la plupart. J’ai l’impression d’avoir passé mon enfance dans des mondes parallèles.
Se promener dans des villes qui n’existent pas.
Passer son enfance dans des mondes imaginaires, innombrables, et être aujourd’hui exilé dans l’univers le plus gris, le plus banal, le plus triste.
Il y a des jours où cet « exil » est insupportable, presque physiquement – un nœud au ventre, le besoin de m’évader, de passer de monde en monde, de voir du neuf, de l’inconnu, d’être moi-même neuf, moi-même un inconnu dans des mondes à découvrir, où me perdre.
Ce qui est insupportable dans ces moments-là, c’est de ne pas avoir tous les livres devant soi, ouverts, consultables, assimilables, de ne pas avoir tous les films à portée de main, de ne pas pouvoir s’absorber dans leurs images, leurs musiques – l’insupportable au fond c’est d’avoir un corps, de ne pas être un pur esprit, un pur regard, une conscience qui zappe d’un monde à l’autre, hors de toute notion d’espace et de temps, de lenteur, de lourdeur. La simultanéité. L’ubiquité.
*
(Etonnant, le poids qu’a pu avoir une machine et des programmes sur la formation de mon imaginaire, de mes archétypes mentaux fondamentaux, de mes fantasmes, de mon paysage mental – presque de ma vue, car il n’est pas rare que j’imagine des paysages ou des personnages en mode 0, 1 ou 2, avec les couleurs, la pixellisation typiques de l’Amstrad CPC.)
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La sieste est un acte hautement militant, spirituel et aussi efficace que simple à mettre en œuvre.
La sieste ne consiste pas à simplement dormir après un bon repas ou l’amour, d’ailleurs il ne faudrait pas qualifier cela de siestes, mais de périodes d’abrutissement. La sieste consiste en réalité à se retirer du monde – lui tourner le dos, avec mépris, ou simplement avec lassitude. Et à se quitter soi-même. Pure joie de la non-présence. Béatitude.
*
Personne ne demande à naître.
On ne peut donc pas exiger de quelqu’un qu’il « gagne » sa vie, puisqu’il la subit avant tout. L’individu n’a, dans l'absolu, aucune espèce de devoir moral envers ses congénères, pas plus qu’il ne jouit du moindre droit que les autres devraient respecter. Continuer à vivre est son seul droit naturel, le premier de tous, et le seul véritable. L’individu a donc le droit : Soit de mettre en œuvre absolument tout ce qu’il veut et peut pour continuer à vivre et assurer sa subsistance, sans aucune restriction morale, y compris le meurtre, l'esclavage et le vol. Soit, au cas où sa liberté se voit restreinte par la loi (c'est à dire dans TOUS les cas où il vit en société) de voir sa subsistance assurée le cas échéant, à titre de compensation, par une entité extérieure à lui (et en dernier lieu l’Etat). Pour exister en tant qu'espèce, l'Humanité a du se constituer en société. La vie en société, et les restrictions de liberté qui en découlent sont donc souhaitables - tout comme est alors indiscutable, inséparable de la vie en société, le fait que l'Etat ait pour premier devoir d'assurer la survie de chacun de ses sujets.
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Personne ne demande à naître.
Il est impossible de prouver que l'existence est préférable au néant - la question n'a même pas le moindre sens. Néanmoins elle implique que la vie n'a pas être considérée comme un "don". Elle est un fait.
L'individu n'a pas de devoir envers l'espèce humaine, encore moins devant la "race" ou le monde. Il n'est pas responsable de l'avenir et n'a pas le devoir de le construire.
L'être humain en tant qu'espèce n'a aucun devoir envers la planète et les autres espèces. Les dominer et les détruire, éventuellement, tout comme se détruire lui-même, consciemment et volontairement, font partie de ses droits.
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Qu’est-ce que la Patrie ?
La Patrie est l’endroit où l’on a grandi – peu importe jusqu’à quel âge. C’est le lieu des souvenirs, des expériences déterminantes, c’est le paysage mental qui nous accompagne ; qui nous hante.
La Patrie, et les sentiments qu’on y rattache, dépendent du paysage et de la nature qui nous entourent, ainsi que de notre langue, nos coutumes, nos valeurs, nos cultes, nos apparences physiques.
L’amour de la Patrie est un sentiment forcément individuel, intime, secret ; et c’est toujours un déchirement car le travail historique détruit inévitablement ce qui a fait la "patrie" d'un individu. Cette nostalgie ne peut en rien devenir une valeur ou un principe politique.
Le Patriotisme ne peut être que collectif. Et parce qu’il est collectif, il est abstrait, idéologique, mensonger.
*
Face aux propagandes innombrables et permanentes à l'oeuvre dans les médias et le monde politique, et face la masse gigantesque d'information inutile et parasitaire, ne rien savoir est une forme de résistance ; l'inculture, un refuge. Le refus de la réflexion, du débat, de la recherche de vérité, les conditions du retour à des émotions et des idées simples, humaines, raisonnables, et aux priorités réelles et éternelles de la vie.
*
L’idée difficile, désagréable, humiliante, qu’on ne sera jamais vraiment un adulte. Qu’on sera à jamais un ado attardé ne vivant au fond que pour ses « délires », ses rêves, ses petites préoccupations – sans aucun pouvoir ni moyen d’action sur quoi que ce soit, sans poids historique, sans rôle réel dans la société, sans aventure, sans rien. Quantité négligeable. Prolétaire absolu, mais heureux puisque dans son « trip », même un ado : un enfant.
Idée encore plus déprimante, celle que les adultes n’existe de toutes façons pas, ou plus : que la plupart des « adultes » actuels, ceux qui ne sont pas de volontaires ados attardés, mènent des vies mornes à crever, et font passer pour de la maturité et du sérieux ce qui n’est qu’une absence de rêves, de désirs, d’imagination, d’amour, d’humour, de curiosité.
Qu’est-ce qu’être adulte ? Qui sont les adultes, où sont-ils ? Comment le devenir, le monde permet-il encore de le devenir ? Pourquoi le devenir ? Pourquoi ne pas le devenir ?
Etre adulte c’est avoir du pouvoir. Et les droits et les devoirs qui vont avec.
C’est agir dans le monde, et que ses actions aient un poids sur la vie des autres, sur la Cité, sur l’Histoire.
Autant dire que nous sommes absolument exilés de cette condition-là, nous sommes des débiles de « l’adultéité ».
*
Il y a une jouissance à n'avoir aucun humour - ou à le feindre.
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Il y a un moment dans la vie où l'on PEUT raconter certains souvenirs en quelques lignes, au lieu de quelques dizaines ou centaines de page, comme on l'aurait fait auparavant, sans éprouver le sentiment de n'en avoir pas assez dit.
Ce moment n'apporte ni soulagement ni tristesse.
23 septembre 2009
@mnésie
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Conditions de vie,
Internet,
Mondes virtuels
« L'irruption d'Internet et des technologies numériques a transformé chacun de nous en producteur de mémoire. (...) tout le monde peut désormais archiver sa vie sous forme de blogs, de photos ou de vidéos et la partager avec le public sur le Web. C'est ce que j'appelle la « bulle mémorielle » : une masse d'informations qui jadis s'oubliait reste gravée dans la mémoire de nos ordinateurs et de nos réseaux. (...). Cette évolution porte en germe la menace d'un nouveau conflit identitaire, d'une « guerre des mémoires ». Et à partir du moment où notre passé est atomisé, privatisé, comment peut-on encore envisagé un avenir ensemble ? De plus, en confiant notre mémoire à un disque dur, nous risquons de nous diriger lentement vers une amnésie et une déculturation collective. »
Emmanuel Hoog vient de publier "Mémoire Année Zéro" aux éditions du Seuil.
Emmanuel Hoog vient de publier "Mémoire Année Zéro" aux éditions du Seuil.
18 septembre 2009
Parle et je te baptise
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Nouvelles du monde
House of Leaves
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Littérature







Webographie :
- http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Maison_des_feuilles
- http://lamorine.free.fr/ashtreelane/
- http://www.zone51.com/ultime-atome/livres/chroniques/danielewski/maison.htm
- http://dernieremarge.over-blog.net/article-21496350.html
- http://www.lmda.net/din/tit_lmda.php?Id=14478
- http://www.webzinemaker.com/admi/m4/page.php3?num_web=1489&rubr=4&id=47967
- http://rernould.club.fr/IMAGINAIRE/DanieMai.html
- http://www.fondationlaposte.org/article.php3?id_article=398
- http://docs.google.com/gview?a=v&q=cache%3Aitatk7och5oJ%3Alamorine.free.fr%2Fashtreelane%2FLa%2520Maison%2520des%2520feuilles%2520FINALE.pdf+%22la+maison+des+feuilles%22&hl=fr&gl=fr&pli=1
- http://findepartie.hautetfort.com/archive/2005/04/27/la_maison_des_feuilles_mark_z.html
- http://didier-jacob.blogs.nouvelobs.com/tag/Maison+des+feuilles
- http://www.brocku.ca/cfra/voixplurielles05-01/articles5-1/Dupuy.pdf
- http://www.darbraleph.org/888kybosjul600.php
- http://www.inventaire-invention.com/lectures/madani_danielewski_print.htm
- http://lombredesidees.over-blog.org/article-11062126.html
16 septembre 2009
Ce qui reste tout à la fin
Libellés :
Etats d'âme
Hier soir à la radio en roulant (trop vite) sur la voie rapide déserte : un philosophe sur Radio Jerico, peut-être Comte-Sponville, je n'ai pas très bien compris, qui parlait de l'Espérance, de la Foi et de l'Amour - qu'il appelait par son nom grec plus exact et plus vaste : agapè. Disant que les Chrétiens feraient bien d'espérer un peu moins en un hypothétique Royaume à venir, et d'aimer un peu plus...
Aimer le monde tel qu'il est, aimer les autres, aimer sa propre condition plutôt que de la craindre et la haïr. L'acceptation de la condition de mortel, comme premier pas vers la philosophie (pour lui illustrée pour la première fois au monde, chez Homère, quand Ulysse refuse la vie éternelle que lui offre la déesse Calypso, préférant sa vie d'homme et sa vraie place dans le cosmos, à Ithaque). Mais il est vrai que la philosophie est déjà une démarche de salut personnel sans le secours d'un dieu ; sauf si l'on a peur pour son âme. S'il n'y a pas d'Enfer, peu importe Dieu ; mais s'il y en a un...
Je me tape à haute dose en ce moment ce que je trouve comme textes et théories émanant du petit monde du conspirationnisme, du (néo) gnosticisme, des OVNIS, des trucs à la Castaneda ... Certaines choses (y compris sur le même sujet) se contredisent, parfois grossièrement ; parfois aussi on sent poindre les fantasmes et les craintes les plus intimes de l'auteur, voire des idées politiques tout à fait hors-sujet qui tombent comme un cheveu sur la soupe et dont on comprend qu'elles sont en réalité le fond du problème pour lui ; mais il n'empêche, et c'est Félix qui m'a fait mettre le doigt dessus, que toutes ces spiritualités, ces discours, charrient la même paranoïa et la même vision du monde d'un désespoir glacial ; l'univers n'a pas été crée par " Dieu " mais par une version dégradée de Dieu, et ne fait que s'en éloigner, ne fait que dégénérer à l'infini. L'homme lui-même est une erreur cosmique. Et il est dominé et parasité par des entités extérieures. On retrouve ça partout. Le prédateur parasite étant aussi bien un E.T qu'un "esprit" comme chez Castaneda, ou même comme chez Jean-Michel Truong (qui lui-même cite Heidegger), la Technique, appelée à remplacer l'homme, dans une parodie grotesque - comme Satan est une parodie de Dieu. Et il n'y a rien d'autre.
A part l'agapè, peut-être.
Aimer le monde tel qu'il est, aimer les autres, aimer sa propre condition plutôt que de la craindre et la haïr. L'acceptation de la condition de mortel, comme premier pas vers la philosophie (pour lui illustrée pour la première fois au monde, chez Homère, quand Ulysse refuse la vie éternelle que lui offre la déesse Calypso, préférant sa vie d'homme et sa vraie place dans le cosmos, à Ithaque). Mais il est vrai que la philosophie est déjà une démarche de salut personnel sans le secours d'un dieu ; sauf si l'on a peur pour son âme. S'il n'y a pas d'Enfer, peu importe Dieu ; mais s'il y en a un...
Je me tape à haute dose en ce moment ce que je trouve comme textes et théories émanant du petit monde du conspirationnisme, du (néo) gnosticisme, des OVNIS, des trucs à la Castaneda ... Certaines choses (y compris sur le même sujet) se contredisent, parfois grossièrement ; parfois aussi on sent poindre les fantasmes et les craintes les plus intimes de l'auteur, voire des idées politiques tout à fait hors-sujet qui tombent comme un cheveu sur la soupe et dont on comprend qu'elles sont en réalité le fond du problème pour lui ; mais il n'empêche, et c'est Félix qui m'a fait mettre le doigt dessus, que toutes ces spiritualités, ces discours, charrient la même paranoïa et la même vision du monde d'un désespoir glacial ; l'univers n'a pas été crée par " Dieu " mais par une version dégradée de Dieu, et ne fait que s'en éloigner, ne fait que dégénérer à l'infini. L'homme lui-même est une erreur cosmique. Et il est dominé et parasité par des entités extérieures. On retrouve ça partout. Le prédateur parasite étant aussi bien un E.T qu'un "esprit" comme chez Castaneda, ou même comme chez Jean-Michel Truong (qui lui-même cite Heidegger), la Technique, appelée à remplacer l'homme, dans une parodie grotesque - comme Satan est une parodie de Dieu. Et il n'y a rien d'autre.
A part l'agapè, peut-être.
08 septembre 2009
21 août 2009
Au comptoir des solitudes électroniques
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Mondes virtuels
" Dans le brouillard des après-midi d'hiver, lorsque, rentré du lycée par le petit train des étudiants (et en l'absence de ma mère, encore au travail), je me trouvais enfin face à mes devoirs, j'aimais activer mon magnétoscope et m'allonger sur le canapé, une serviette en papier à portée de la main. Au prix de dures économies sur mes premières cigarettes, je m'étais constitué une filmothèque porno d'excellente qualité. Ces scénarios d'une banalité effarante plongeaient mes journées dans une fantasmagorie aussi excitante qu'incomplète. Et ils n'avaient pas, pour moi, de second degré. Réels, comme un vers de Dylan Thomas, ils dégageaient la même force hypnotique. D'anciennes générations, à la campagne, se sont formées à la sexualité par le spectacle d'accouplements bestiaux, d'autres par des photos coquines échangées sous le manteau, d'autres encore par des revues aux pages qui se collaient au fil des lectures. Moi, j'ai grandi avec des images en mouvement, aux couleurs d'une véracité déconcertante. Des scènes reproductibles à l'infini dans la chambre noire de mon imagination. Arianna, la première fille que j'arrivai à pénétrer, à l'âge de quinze ans, fut mon cobaye : je fis mon entrée dans la sexualité en répétant une leçon apprise par coeur. "" Nous habitons notre page comme on habite une maison. Nous la décorons de mots et d'images. Ici s'éveillent et se reposent désormais nos sens et toutes nos pensées. Le corps, lui, n'a plus de domicile fixe. "
" L'alibi culturel comme facteur érotisant. "
" Finalement, peu importe que la femme que je contacte aime ou pas In the mood for love, Lou Reed et Apollinaire. J'ai toujours estimé extrêmement ennuyeux d'énumérer ses goûts. Presque aussi ennuyeux que d'entendre les goûts des autres. Par ailleurs, je m'aperçois que je monologue même en répondant à des questions. Jamais je ne me laisse toucher vraiment par les mots que je reçois, jamais je ne baisse la garde, jamais je ne me dévoile. Je vais vers l'autre en me rétractant de moi-même. J'investis très peu de ma personne. Je raconte mon passé de façon froide, presque clinique. Ou alors fantaisiste et élusive. Quand l'occasion se présente, je baise avidement, mais comme un autiste. "
" Celui qui naît sans père est destiné à maudire, en les suppliant, tous les pères. A errer et à détruire. "
" L'abondance comme dimention paradoxale de la solitude. "
" Je peuple ma solitude d'autres solitudes et, dans la froide multiplication de mes relations, rien ne fait en sorte que cela change. Jamais. Aucune rencontre ne peut se suffire à elle-même. Chacune est le maillon d'une chaîne. Ou le grain d'un chapelet de désespoir. "
" ... Non, lui je l'avais rencontré dans la vie réelle, me dit Marine, en me parlant de sa dernière relation importante. Cette phrase dégage le même parfum de regret que certaines chansons à l'accordéon entendues au bal des pompiers. Comme si tout ça, "la vraie vie", "la vie réelle", c'était un continent perdu, presque exotique ; un lieu désormais hors d'atteinte.
C'est loin, très loin : c'est là où on a tout donné, avant de tout saccager ici. "
" Le sexe comme anesthésique. L'histoire de ma vie pourrait s'intituler Histoire d'une anesthésie. "
" Et si celle-ci était désormais devenue la seule façon de rencontrer l'autre ? Et si chaque rencontre n'était que la petite pierre d'une mosaïque que plus personne n'a le courage d'achever ? Et si l'on avait envie d'avoir l'impression de vivre, plutôt que de vivre vraiment ? Il est certes plus facile de multiplier le mirage de la découverte, beaucoup plus simple d'exploiter la source intarissable des possibles, plutôt que d'essayer d'épuiser le regard d'un seul être aimé, infiniment proche et lointain. Partie de nous qui nous complèterait en nous transformant. "
" Accélérateur de rencontres, certes. Selon une formule largement consacrée, chaque site est bien cela. Mais surtout, accélérateur de dissolution psychique, producteur de fantasmes nouveaux, de mystifications aberrantes, de spectres verbaux sans corps, de projections hallucinatoires du manque. "
" J'imagine un roman où le personnage principal , comme enchaîné à l'écran, voyagerait sans arrêt d'un site de rencontres à l'autre, descendant de pointscommuns à meetic pour arriver à netechangisme et au-delà, vers des enfers encore plus aveuglants. Voilà une vraie odyssée contemporaine. "
Giulio Minghini, "Fake".
Lisez ce livre.
19 août 2009
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